Culture algérienne

UNESCO : une reconnaissance mondiale pour quatre associations qui font rayonner l’Algérie

L’UNESCO distingue quatre associations algériennes pour leur engagement culturel et scientifique

L’Algérie vient de franchir une nouvelle étape dans la valorisation de son patrimoine culturel et scientifique à l’échelle mondiale. Quatre associations nationales ont officiellement obtenu leur accréditation auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), rejoignant ainsi un cercle très restreint d’organisations non gouvernementales habilitées à jouer un rôle consultatif auprès du comité intergouvernemental chargé de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Cette distinction concerne l’association culturelle « Biskra Lit », l’Équipe d’études sur l’histoire des mathématiques à Béjaïa au Moyen Âge (GEHIMAB) ainsi que l’association « Imkras du patrimoine et du folklore » et l’Association El Mouwahidia de Nedroma. Une reconnaissance qui illustre le dynamisme du mouvement associatif algérien et sa capacité à concilier préservation de l’héritage national, recherche scientifique et innovation.

Une reconnaissance prestigieuse pour le mouvement associatif algérien

L’accréditation accordée par l’UNESCO constitue une marque de confiance internationale envers les structures qui œuvrent activement dans la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel immatériel. Elle permet notamment aux associations concernées de participer aux réflexions et aux consultations liées à la mise en œuvre de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

À travers cette décision, l’UNESCO met en lumière le rôle croissant joué par les acteurs de la société civile algérienne dans la préservation de la mémoire collective et dans la transmission des savoirs aux générations futures.

« Biskra Lit » (بسكرة تقرأ): la lecture et l’innovation au service du patrimoine

Parmi les associations distinguées figure « Biskra Lit », créée le 17 février 2017. Depuis sa fondation, cette structure s’est imposée comme un acteur majeur dans la promotion de la lecture et la valorisation du patrimoine culturel immatériel.

L’association a développé une approche originale reposant sur la combinaison entre traditions culturelles et outils numériques modernes. Son action ne se limite pas à l’encouragement de la lecture auprès des jeunes ; elle vise également à préserver les récits populaires, les savoir-faire traditionnels et les traditions orales qui constituent une part essentielle de l’identité culturelle algérienne.

L’intelligence artificielle comme levier de préservation

L’un des aspects les plus innovants du travail mené par l’association réside dans son utilisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle. À travers l’organisation de hackathons et le développement de solutions technologiques adaptées, « Biskra Lit » cherche à moderniser les méthodes de conservation du patrimoine immatériel et à le rendre plus accessible au grand public.

Cette démarche s’accompagne également de partenariats avec plusieurs institutions de recherche, notamment le Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides (CRSTRA), dans le cadre de projets de numérisation des récits populaires et de documentation du patrimoine local.

Au-delà d’un succès local, cette reconnaissance internationale renforce l’image de Biskra comme un pôle culturel dynamique et contribue au rayonnement du patrimoine algérien sur la scène mondiale.

GEHIMAB (جيهيماب بجاية): faire revivre l’héritage scientifique de Béjaïa

L’accréditation obtenue par l’Équipe d’études sur l’histoire des mathématiques à Béjaïa au Moyen Âge (GEHIMAB) vient couronner plus de trois décennies de travail scientifique et patrimonial.

Fondée le 23 décembre 1991, l’association s’est donnée pour mission de mettre en lumière l’histoire intellectuelle et scientifique de Béjaïa, ville qui fut durant plusieurs siècles un centre majeur du savoir dans l’espace méditerranéen.

Sous la direction du professeur Djamil Aissani, ses recherches ont permis de redécouvrir de nombreux aspects du patrimoine scientifique algérien, notamment dans les domaines de l’astronomie, de la navigation, des mathématiques appliquées au commerce et de l’histoire des sciences.

Un travail de recherche reconnu à l’international

Les activités de GEHIMAB ne se limitent pas à la recherche académique. L’association a également contribué à la création de plusieurs institutions culturelles et scientifiques, parmi lesquelles le Centre de documentation sur l’histoire de Béjaïa, le Musée de l’eau de Toudja et un musée consacré à la géologie.

Elle a également participé à la sauvegarde de précieuses collections de manuscrits et de bibliothèques anciennes, véritables témoins de la richesse intellectuelle de la région.

Les efforts de l’association ont été salués à l’échelle internationale, notamment par l’obtention en 2024 d’une distinction décernée par l’Association américaine des bibliothèques pour certaines de ses publications. En Algérie, son parcours a également été récompensé par plusieurs distinctions culturelles.

Cette nouvelle accréditation de l’UNESCO confirme la place de Béjaïa comme un haut lieu du savoir et rappelle la contribution historique de l’Algérie à l’essor de la civilisation scientifique mondiale.

Imkras (إمكراس للتراث والفولكلور) : la préservation du patrimoine mozabite à l’honneur

La troisième association distinguée est « Imkras du patrimoine et du folklore », implantée dans la vallée du M’Zab, à Ghardaïa. Son accréditation constitue une reconnaissance des efforts menés depuis plusieurs années pour préserver et transmettre les traditions culturelles de cette région emblématique du Sahara algérien.

À travers ses activités, l’association œuvre à la sauvegarde des expressions folkloriques, des pratiques sociales et des traditions populaires qui font la singularité du patrimoine mozabite.

Fondation de l’Association El Mouwahidia de Nedroma

Ville historique au riche passé culturel, Nedroma s’est distinguée au fil des siècles par son attachement profond à la musique andalouse et hawzie. Cette cité a vu naître de nombreux maîtres et figures emblématiques qui ont marqué l’histoire de cet art raffiné et contribué à sa transmission de génération en génération.

Parmi les grands noms issus de Nedroma figurent notamment Cheikh El Gharnati, Cheikh Dindane, Cheikh Mohamed Remâoun, Cheikh Kadour Ben Achour, Cheikh El Henini, Cheikh Rahal Idris, plus connu sous le nom de « Si Idris », Cheikh Ahmed Ghamari « Hassouna », Cheikh Ramdani, Cheikh Mohamed Ennaqqach « Ghanim », El Hadj Mohamed Taleb Ould El Miloud ainsi que l’actuel interprète El Hadj Mohamed Ghafour.

Fière de cet héritage exceptionnel légué par ses maîtres, la jeunesse de Nedroma est demeurée fidèle à cette tradition depuis ses débuts. Elle continue de préserver et de promouvoir la musique andalouse, véritable expression de l’identité culturelle locale et patrimoine artistique dont le rayonnement dépasse les frontières pour s’inscrire parmi les grandes traditions musicales reconnues à travers le monde.

Un symbole fort du rayonnement culturel algérien

La participation de l’association aux travaux internationaux de l’UNESCO a également été marquée par la présence de son représentant, l’ingénieur Omar Bekli, vêtu de l’habit traditionnel algérien, symbole d’un attachement profond à l’identité culturelle nationale.

Cette image illustre parfaitement l’esprit de cette reconnaissance internationale : promouvoir un patrimoine authentique tout en l’inscrivant dans une dynamique d’échange et de dialogue avec le reste du monde.

Une consécration pour l’Algérie culturelle et scientifique

L’accréditation simultanée de ces trois associations témoigne de la diversité et de la richesse des initiatives portées par la société civile algérienne. Qu’il s’agisse de promotion de la lecture, de recherche scientifique ou de sauvegarde des traditions populaires, chacune de ces structures contribue à préserver un héritage précieux tout en l’adaptant aux défis contemporains.

Cette reconnaissance accordée par l’UNESCO dépasse le cadre des associations concernées. Elle représente une consécration pour l’ensemble du patrimoine culturel algérien et confirme la capacité du pays à participer activement à la préservation de la mémoire humaine universelle.

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