Découvrir

Le thé saharien, une tradition qui parfume les étés sur les côtes algériennes

Chaque été, des centaines de jeunes du Grand Sud parcourent des milliers de kilomètres pour faire découvrir le thé saharien sur les plages algériennes.

Chaque été, les plages algériennes se remplissent de vacanciers venus profiter du soleil et de la mer. Mais au-delà des parasols, des vagues et des baignades, une autre image s’est progressivement imposée comme un symbole incontournable de la saison estivale : celle des vendeurs de thé saharien. Originaires des wilayas du Grand Sud, ces jeunes parcourent parfois plus de deux mille kilomètres pour rejoindre les stations balnéaires du Nord, où ils proposent bien plus qu’une simple boisson chaude. À travers leur savoir-faire, ils transportent avec eux une partie du patrimoine culturel du Sahara algérien.

Cette réalité a récemment fait l’objet d’un reportage approfondi publié dans l’édition du 30 juillet 2026 par le quotidien algérien indépendant El Djanoub El Kabir, fondé le 12 novembre 2019 et dirigé par le journaliste Mahmoud Janti.

Un long voyage à la recherche d’un revenu saisonnier

Dès les premières semaines précédant l’ouverture de la saison estivale, des centaines de jeunes quittent leurs familles et leurs villes d’origine, notamment Timimoun, Adrar, Bordj Badji Mokhtar, Tamanrasset, In Salah, In Guezzam, Djanet ou encore Ouargla. Leur destination est toujours la même : les plages des grandes villes côtières comme Mostaganem, Oran, Béjaïa, Jijel, Skikda ou Annaba.

Leurs bagages ne contiennent pas seulement des vêtements. Ils transportent soigneusement leurs théières en cuivre, leurs verres traditionnels, du thé de qualité, du sucre, de la menthe fraîche ou séchée ainsi que tout le matériel nécessaire à la préparation du célèbre thé saharien et du « koukaou », devenu lui aussi un produit apprécié des estivants. Pour beaucoup d’entre eux, cette activité représente la principale source de revenus de l’année.

Une tradition qui dépasse la simple vente de thé

Sur les plages, ces jeunes ne vendent pas uniquement une boisson. Ils offrent une véritable expérience inspirée des traditions sahariennes. La préparation du thé suit un rituel précis, exigeant patience et maîtrise afin d’obtenir la mousse caractéristique qui fait la réputation du thé du Sud.

Le parfum de la menthe se mélange alors à l’air marin, tandis que les théières en cuivre attirent le regard des promeneurs. Au fil des années, cette scène est devenue familière pour les vacanciers, au point que beaucoup reconnaissent l’arrivée du vendeur de thé à son appel caractéristique ou à l’odeur du thé avant même de l’apercevoir.

Le port de la gandoura, de la daraa ou encore du turban contribue également à préserver cette identité culturelle, que ces jeunes revendiquent avec fierté tout en mettant en valeur les traditions de leur région d’origine.

Le défi du logement loin de chez soi

Si les longues journées de travail représentent un véritable défi physique, le logement constitue souvent la principale difficulté. Durant la haute saison, les loyers flambent dans les villes côtières, obligeant plusieurs vendeurs à partager de petits appartements afin de réduire les coûts.

Certains choisissent même d’installer des tentes à proximité des plages pour limiter leurs dépenses. Cette vie en communauté favorise la solidarité : les repas sont préparés ensemble, les tâches sont partagées et chacun échange ses conseils sur les meilleurs emplacements pour exercer son activité. Une devise revient régulièrement parmi eux : le travail et la persévérance ouvrent la voie aux opportunités.

Des journées rythmées par l’effort

Le quotidien de ces vendeurs est particulièrement exigeant. Après quelques heures de repos, ils consacrent une partie de leur matinée à préparer le thé, nettoyer le matériel et organiser leur stock avant de rejoindre les plages dès les premières heures de l’après-midi.

Le reste de la journée se déroule au rythme des allers-retours sur le sable chaud. Les kilomètres parcourus s’accumulent sans qu’ils s’en rendent compte, dans l’espoir de servir le plus grand nombre de clients. Malgré la fatigue, ils gardent le sourire et veillent à offrir un accueil chaleureux, convaincus que la qualité du service est aussi importante que celle du thé.

La qualité comme meilleure réponse à la concurrence

Le succès du thé saharien a naturellement suscité des vocations. Dans plusieurs stations balnéaires, de nouveaux vendeurs ont tenté de reproduire cette activité en adoptant les mêmes tenues ou les mêmes méthodes de préparation.

Pour les vendeurs originaires du Sud, la différence se joue pourtant ailleurs. Selon eux, la fidélité de la clientèle repose avant tout sur l’authenticité, la qualité des ingrédients, l’hygiène et le respect du consommateur. Beaucoup affirment qu’un client peut essayer plusieurs vendeurs, mais revient généralement vers celui qui lui offre la meilleure expérience.

Des histoires de réussite construites avec patience

Parmi ces vendeurs figure Mohamed, devenu au fil des années une figure bien connue des plages de Mostaganem. Sa réputation s’est bâtie grâce à la régularité de son travail et à la confiance de ses clients, dont certains attendent son arrivée chaque été.

D’autres jeunes, comme Youcef ou Abdelkrim, racontent avoir commencé cette activité avec beaucoup d’appréhension avant de découvrir une véritable vocation. Les revenus générés leur permettent aujourd’hui de soutenir leurs familles, d’épargner pour leurs projets personnels ou encore de financer leur avenir. Au-delà de l’aspect financier, ils évoquent une profession qui leur a appris l’autonomie, le sens des responsabilités et le contact humain.

Une passerelle entre le Sahara et la Méditerranée

Au fil des saisons, ces vendeurs ne transportent pas seulement des théières et de la menthe. Ils deviennent des ambassadeurs d’un patrimoine culturel qui rapproche les régions du pays. Leur présence sur les plages contribue à faire découvrir aux vacanciers les traditions du Grand Sud dans une ambiance conviviale.

À travers un simple verre de thé, ils racontent une histoire de courage, de travail et de transmission. Leur parcours rappelle que derrière chaque boisson servie se cache souvent un long voyage, de nombreux sacrifices et la volonté de construire un avenir par le mérite. Ainsi, le thé saharien s’impose aujourd’hui comme l’un des symboles les plus authentiques des étés algériens.

Bouton retour en haut de la page