Algérie – Corée du Sud : des projets agricoles ambitieux jusque dans le Sahara
Des crevettes dans le Sahara, des semences de pommes de terre et de nouveaux projets industriels… La coopération entre l’Algérie et la Corée du Sud ouvre de nouvelles perspectives dans des secteurs parfois inattendus.
Les relations entre l’Algérie et la Corée du Sud pourraient entrer dans une nouvelle phase, avec l’élargissement attendu de la coopération à plusieurs secteurs stratégiques. À l’occasion de la célébration de la fête nationale sud-coréenne, l’ambassadeur de la République de Corée en Algérie, Min Kyung-tae, a présenté les perspectives d’un partenariat appelé à dépasser les domaines traditionnels de l’énergie et des infrastructures.
Industrie, technologies, transformation numérique, agriculture, énergies renouvelables, hydrogène, formation et éducation figurent désormais parmi les secteurs susceptibles de renforcer les échanges entre les deux pays.
Vingt ans de partenariat et une nouvelle étape
Lors de son discours, Min Kyung-tae a rappelé que la coopération algéro-coréenne s’inscrit dans une relation stratégique développée depuis deux décennies.
Malgré leurs différences géographiques et économiques, les deux pays disposent, selon le diplomate, de plusieurs complémentarités susceptibles de favoriser de nouveaux projets. La coopération politique constitue également un élément important de cette relation, notamment à travers leur présence simultanée au Conseil de sécurité des Nations unies durant les années 2024 et 2025.
Cette période avait notamment permis aux deux pays de multiplier les échanges sur des questions internationales et de rechercher des convergences sur plusieurs dossiers.
La Corée du Sud importe davantage de produits algériens
Sur le plan commercial, l’énergie reste l’un des principaux piliers des échanges bilatéraux. Une évolution notable a toutefois été enregistrée au cours du premier semestre de l’année : l’Algérie est devenue, pour la première fois, le premier fournisseur de la Corée du Sud en naphta, avec une part de 17,2 % des approvisionnements sud-coréens sur cette période.
Pour l’ambassadeur, cette progression peut servir de point de départ à une coopération beaucoup plus large.
L’objectif ne serait donc plus seulement de développer les échanges énergétiques, mais également de créer davantage de liens autour de la technologie, des données, de l’industrie et de la transformation des ressources.
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Des entreprises coréennes déjà présentes en Algérie
La coopération économique entre les deux pays ne part pas de zéro. Plusieurs entreprises sud-coréennes ont déjà participé à des projets importants en Algérie, notamment dans les domaines des centrales électriques, des infrastructures portuaires et des villes nouvelles.
Cette présence constitue une base sur laquelle pourraient être construits de nouveaux partenariats, avec une implication plus importante dans des secteurs à plus forte valeur technologique.
L’industrie automobile fait notamment partie des domaines évoqués pour la prochaine étape de cette coopération, alors que l’Algérie cherche à développer progressivement son tissu industriel et ses capacités de production locales.
Des projets agricoles jusque dans le Sahara
Parmi les pistes évoquées par Min Kyung-tae, certaines se distinguent par leur caractère particulièrement innovant. La coopération agricole pourrait notamment s’étendre à l’élevage de crevettes dans les régions sahariennes ainsi qu’à la production de semences de pommes de terre certifiées.
Ces projets illustrent une volonté d’explorer des modèles agricoles adaptés aux spécificités du territoire algérien et de mobiliser l’expertise technologique sud-coréenne.
L’intérêt de ces initiatives dépasse ainsi la simple production agricole. Elles pourraient également favoriser le transfert de savoir-faire, la formation de compétences locales et l’expérimentation de nouvelles techniques dans des régions où les conditions naturelles imposent des solutions spécifiques.
Énergie : du gaz aux renouvelables et à l’hydrogène
L’énergie devrait également rester au cœur du partenariat, mais avec une approche plus diversifiée. Le gaz naturel et le gaz naturel liquéfié continuent de représenter des domaines importants, tandis que de nouvelles possibilités apparaissent autour des énergies renouvelables et de l’hydrogène.
Cette évolution correspond à une transformation progressive des besoins énergétiques mondiaux et ouvre un espace de coopération dans les technologies liées à la transition énergétique.
Pour l’Algérie, le développement de ces secteurs pourrait également contribuer à valoriser davantage ses ressources naturelles et son potentiel solaire, tout en développant de nouvelles compétences industrielles.
Le numérique et les technologies avancées au programme
La coopération envisagée ne se limite pas aux secteurs traditionnels. La transformation numérique, les données et les industries avancées occupent également une place importante dans les perspectives présentées par la partie coréenne.
La Corée du Sud dispose d’une expérience importante dans les technologies numériques et les industries de haute technologie. Pour l’Algérie, le développement de partenariats dans ces domaines pourrait notamment favoriser l’échange de compétences et l’accès à de nouvelles solutions technologiques.
Cette coopération pourrait également concerner la formation de ressources humaines capables d’accompagner la transformation numérique de différents secteurs économiques.
Les vols directs entre Alger et Séoul, un enjeu majeur
Le renforcement des échanges entre les deux pays passe aussi par une meilleure connexion entre leurs territoires. L’accord conclu en juillet concernant la mise en place de liaisons aériennes directes entre Alger et Séoul a ainsi été particulièrement mis en avant par l’ambassadeur.
Une connexion directe pourrait faciliter les déplacements des hommes d’affaires, des étudiants, des chercheurs et des touristes, tout en réduisant les obstacles logistiques liés aux échanges bilatéraux. La représentation diplomatique sud-coréenne a également exprimé sa volonté de contribuer à la concrétisation de cette nouvelle liaison.
L’éducation et la formation pour renforcer les liens
Au-delà des grands projets économiques, Séoul souhaite également renforcer les échanges humains et académiques.
La formation professionnelle, l’enseignement supérieur et l’apprentissage de la langue coréenne figurent parmi les domaines identifiés pour développer davantage les relations entre les deux sociétés. Les universités et les établissements scolaires pourraient ainsi jouer un rôle plus important dans cette dynamique. L’objectif est de créer des liens durables entre les jeunes, les chercheurs et les institutions des deux pays.
La culture constitue également un levier de rapprochement, notamment à travers l’apprentissage de la langue et la découverte réciproque des deux sociétés.
Un partenariat appelé à se diversifier
À travers les différents axes présentés, la coopération algéro-coréenne semble progressivement s’orienter vers un modèle plus diversifié, dans lequel l’énergie continuerait de jouer un rôle central tout en étant accompagnée par l’industrie, l’agriculture, le numérique, les énergies renouvelables et l’éducation.
Le symbole choisi par Min Kyung-tae pour conclure son intervention résume cette vision : le thème du jour national coréen, connu comme le « Jour de l’ouverture du ciel », renvoie à une idée de naissance et de commencement.
Pour l’ambassadeur, les différences entre les deux pays ne constituent pas nécessairement un obstacle. À l’image de fils séparés qui deviennent un tissu lorsqu’ils sont réunis, les relations entre l’Algérie et la Corée du Sud pourraient ainsi continuer à se renforcer à travers la multiplication des échanges et des projets communs.
















