Tanezrouft : une ancienne caserne militaire transformée en prison pour les barons de la drogue
L’Algérie renforce son dispositif contre le trafic de stupéfiants. Parmi les mesures annoncées : la création d’une structure sécuritaire spécialisée et la transformation d’une ancienne caserne dans le Tanezrouft en établissement pénitentiaire de haute sécurité.
La lutte contre le trafic de stupéfiants semble entrer dans une nouvelle phase en Algérie. Lors d’une réunion du Conseil supérieur de sécurité, présidée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, plusieurs dossiers liés à la sécurité nationale ont été examinés, notamment les incendies enregistrés dans différentes régions du pays, la lutte contre les drogues et les psychotropes, ainsi que la situation générale en Algérie et dans les pays voisins.
Selon les éléments communiqués à l’issue de cette réunion, les autorités souhaitent renforcer davantage les dispositifs consacrés à la lutte contre les réseaux de trafic de stupéfiants, avec notamment la création d’une structure sécuritaire spécialisée.
Cette orientation intervient dans un contexte où le trafic de drogue est considéré comme un enjeu dépassant largement le cadre de la simple criminalité. Les réseaux impliqués peuvent en effet avoir des ramifications transfrontalières et représenter un risque pour la sécurité, l’économie et la santé publique.
Une structure spécialisée pour combattre les réseaux de drogue
Parmi les principales décisions annoncées figure la création d’une instance sécuritaire spécialisée dans la lutte contre les stupéfiants, suivant des modèles déjà mis en place dans plusieurs pays.
L’objectif serait de renforcer la coordination et les capacités d’intervention face aux réseaux spécialisés dans l’importation, le transport, la distribution et la commercialisation de drogues et de substances psychotropes.
Une telle structure pourrait également permettre de concentrer davantage les moyens humains, techniques et opérationnels sur l’identification des filières et le démantèlement des réseaux organisés.
Une ancienne caserne militaire transformée en établissement hautement sécurisé
Autre mesure particulièrement marquante annoncée à l’issue de la réunion : la transformation d’une caserne relevant de l’Armée nationale populaire, située dans la région saharienne de Tanezrouft, en établissement pénitentiaire de haute sécurité.
Selon les informations communiquées, cette infrastructure serait destinée notamment à accueillir des personnes condamnées pour des affaires liées au trafic de stupéfiants, en particulier les principaux responsables et trafiquants impliqués dans ces réseaux.
Le choix d’une zone désertique particulièrement isolée répondrait à une logique de sécurisation et de contrôle. La localisation d’un établissement pénitentiaire dans une région éloignée pourrait notamment compliquer les tentatives d’évasion et limiter les contacts avec les réseaux criminels extérieurs.
Cette mesure, si elle est mise en œuvre conformément aux orientations annoncées, constituerait un volet supplémentaire du dispositif destiné à traiter les affaires de criminalité organisée liées aux stupéfiants.
Une stratégie nationale prévue sur plusieurs années
Cette nouvelle orientation s’inscrit dans une politique plus large de lutte contre les drogues et les psychotropes. En mars 2025, le président Abdelmadjid Tebboune avait demandé au gouvernement de préparer une stratégie nationale multidimensionnelle destinée à lutter contre ce phénomène et à prévenir ses conséquences.
Cette stratégie couvre la période 2024-2029 et vise à agir sur plusieurs fronts : prévention, lutte contre les réseaux de trafic et prise en charge des conséquences sécuritaires, économiques, sociales et sanitaires liées à la consommation et à la circulation des stupéfiants.
L’approche ne se limite donc pas aux opérations de saisie ou à l’arrestation des trafiquants. Elle repose également sur la prévention et la réduction de l’impact de ce phénomène sur la société, notamment auprès des jeunes.
Des incitations pour encourager le signalement des trafiquants
Dans le même cadre, une autre mesure a été annoncée au cours de l’été. Un décret exécutif signé par le Premier ministre fixe les conditions et modalités permettant d’accorder des incitations financières et non financières aux citoyens contribuant à la découverte des auteurs de crimes liés aux drogues et aux substances psychotropes.
Cette disposition traduit la volonté des autorités d’impliquer davantage la société dans la prévention et la détection des activités liées au trafic de stupéfiants.
Elle vise également à renforcer la coopération entre les citoyens et les services chargés de faire respecter la loi, tout en encadrant les conditions dans lesquelles de telles contributions peuvent donner lieu à des incitations.
Une préoccupation qui concerne particulièrement la jeunesse
La question des stupéfiants occupe depuis plusieurs années une place importante dans le débat public algérien. En avril 2023, la Commission de la fatwa relevant du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs avait notamment alerté sur les dangers liés à la propagation des drogues au sein de la jeunesse.
Elle avait rappelé l’interdiction religieuse de la consommation, de la vente et de la promotion des stupéfiants, tout en insistant sur leurs conséquences néfastes.
Au-delà de l’aspect religieux, la lutte contre ce phénomène constitue également un enjeu de santé publique et de protection sociale. La prévention auprès des jeunes, l’information sur les risques liés aux drogues et le renforcement des mécanismes de prise en charge constituent ainsi des éléments complémentaires à l’action sécuritaire.
Une bataille qui dépasse les frontières
La situation géographique de l’Algérie, avec ses vastes frontières terrestres et sa proximité avec plusieurs zones confrontées à des problématiques de trafic transfrontalier, constitue un défi supplémentaire pour les services de sécurité.
Dans ce contexte, le renforcement des capacités de surveillance et de lutte contre les réseaux organisés apparaît comme un enjeu stratégique. Les autorités algériennes mettent régulièrement en avant le rôle des services de sécurité et des forces armées dans la lutte contre les différents réseaux criminels opérant à travers les frontières.
La création d’une structure spécialisée et le projet de reconversion d’une infrastructure militaire dans le désert de Tanezrouft s’inscrivent ainsi dans une approche plus ferme visant à renforcer le dispositif national contre le trafic de stupéfiants.
Vers un dispositif antidrogue davantage centralisé et spécialisé ?
À travers ces différentes mesures, l’Algérie semble vouloir faire évoluer sa réponse face au trafic de drogue, en combinant action sécuritaire, prévention, coopération citoyenne et durcissement du traitement des affaires les plus graves.
La transformation annoncée d’une ancienne caserne en établissement de haute sécurité et la création d’une structure spécialisée témoignent surtout d’une volonté de consacrer davantage de moyens à la lutte contre les réseaux organisés.
Reste désormais à voir les modalités concrètes de mise en œuvre de ces décisions, ainsi que leur articulation avec les dispositifs judiciaires, pénitentiaires, sanitaires et préventifs déjà existants.
















