Nitrates dans la pastèque : un scientifique appelle à ne pas céder à la panique
Nitrates dans la pastèque : le scientifique algérien Dr Allali appelle à la raison face à la panique
La controverse autour de la présence de nitrates dans la pastèque rouge, mesurée à l’aide d’un appareil portatif appelé Greentest, a pris une ampleur considérable ces derniers jours. Face à cette agitation, le Dr Ahmed Allali, spécialiste rattaché à l’Université d’El Oued, a tenu à apporter des précisions scientifiques et techniques, estimant que le débat s’est éloigné de la rigueur pour verser dans l’alarmisme.
Un appareil qui ne remplace pas l’analyse de laboratoire
Le chercheur commence par poser un principe essentiel : ce type d’appareil grand public ne saurait en aucun cas se substituer à une analyse en laboratoire agréé. Le chiffre qui s’affiche sur l’écran ne constitue pas, selon lui, une preuve fiable de la concentration réelle de nitrates présente dans le fruit.
Greentest : comment fonctionne réellement cet appareil ?
Sur le plan technique, le Dr Allali explique que ce type de dispositif repose sur une mesure indirecte de certaines propriétés électriques des tissus du fruit, notamment sa conductivité. Un algorithme intégré convertit ensuite ce signal en une valeur estimative de nitrates. Le problème, souligne-t-il, c’est que ce signal électrique ne dépend pas uniquement de la présence de nitrates, mais varie également en fonction de nombreux autres paramètres.

De multiples facteurs qui faussent la lecture
Le chercheur énumère une longue liste d’éléments susceptibles d’influencer la mesure, indépendamment du taux réel de nitrates : le taux d’eau contenu dans le fruit, sa teneur en sucres, la présence de sels et d’autres éléments minéraux, le degré de maturité, la température de la pastèque au moment du test, la variété cultivée, ainsi que l’endroit précis où la sonde est insérée — que ce soit près de l’écorce ou au cœur de la chair. Il précise également que les résultats peuvent varier d’un point de mesure à un autre au sein d’un même fruit, sans que cela ne traduise une réelle variation de son contenu en nitrates.
La méthode scientifique rigoureuse pour mesurer les nitrates
Pour obtenir une mesure fiable, le Dr Allali rappelle qu’un protocole précis s’impose : prélèvement d’un échantillon représentatif, homogénéisation, pesée d’une quantité déterminée, extraction des nitrates selon un protocole de laboratoire, puis analyse à l’aide d’une méthode de référence reconnue. Parmi ces méthodes figurent la chromatographie ionique, les techniques spectrales validées, la chromatographie liquide à haute performance (HPLC) lorsque le protocole adéquat est disponible, ou encore l’usage d’une électrode sélective aux nitrates après préparation de l’échantillon, étalonnage et gestion des interférences.
Il insiste également sur la nécessité d’utiliser des solutions étalons, une courbe de calibration, des échantillons de contrôle, ainsi que la répétition des analyses et la détermination précise du seuil de détection et de la marge d’incertitude. Sans ces précautions méthodologiques, aucun résultat ne saurait être considéré comme scientifiquement fiable.
Une conclusion hâtive qui inquiète inutilement les consommateurs
Selon le chercheur, diffuser la capture d’écran d’un appareil portatif en la présentant au grand public comme une preuve d’« intoxication » ou de « nitrates dangereux » relève d’un raisonnement scientifiquement infondé. Une telle démarche risque, selon lui, de nuire injustement aux agriculteurs, de semer la panique parmi les consommateurs, et d’ébranler la confiance envers la production agricole locale, sans le moindre fondement issu d’une analyse de laboratoire.
Un appel à la mesure, pas au rejet de la technologie
Le Dr Allali précise ne pas être opposé à l’usage de ces appareils portatifs en tant qu’outils d’orientation préliminaire. Sa mise en garde porte plutôt sur la tentation de transformer un outil purement estimatif en verdict définitif, et de présenter des chiffres non vérifiés comme des vérités scientifiques établies.
La solution en cas de doute réel
Face à une inquiétude légitime concernant la sécurité d’un lot de pastèques, le chercheur propose une marche à suivre claire : procéder à un prélèvement d’échantillons selon un plan d’échantillonnage validé, les transmettre à un laboratoire qualifié, puis publier l’intégralité des résultats en précisant la méthode d’analyse employée, le nombre d’échantillons testés, leur provenance, ainsi que les marges d’erreur et d’incertitude associées.
La rigueur scientifique avant tout
Le Dr Allali conclut son intervention par un rappel de principe : la science ne se construit ni sur une courte vidéo, ni sur une lecture isolée, ni sur un appareil dépourvu de valeur de référence. Elle repose au contraire sur une méthodologie stricte, un étalonnage rigoureux, la répétition des mesures, un contrôle qualité et une analyse de laboratoire dûment documentée.















