Culture algérienne

Le Caftan en Algérie : Quatre siècles d’histoire documentés par les archives (VIDÉO)

Controverse de l'UNESCO : Quand les sources historiques contredisent les récits officiels.

Le caftan, ce vêtement emblématique qui incarne aujourd’hui l’élégance et le raffinement, se trouve au centre d’un débat passionné sur ses origines. Si beaucoup l’associent spontanément au patrimoine contemporain du Maghreb, une plongée dans les archives historiques et les manuscrits anciens révèle une trajectoire bien plus complexe, débutant bien loin des côtes méditerranéennes.

Dans cette nouvelle vidéo Youtube intitulée « Suicide historique face au caftan », le chercheur algérien Mohammed Doumir retrace l’histoire mondiale de ce vêtement, affirmant qu’il trouve ses racines dans la Perse antique (sous le nom de Khaftan) comme habit de guerre, avant d’évoluer en Irak et en Turquie ottomane.

Mohammed Doumir critique sévèrement le dossier de l’UNESCO déposé par le Maroc, arguant que les sources historiques citées (telles que Marmol ou Chenier) ne prouvent pas l’antériorité marocaine et contiennent même des descriptions offensantes pour le peuple marocain ou des éléments validant l’indépendance historique du Sahara occidental. Enfin, il souligne l’influence des exilés algériens à Tétouan dans la propagation de ce style vestimentaire au Maroc, appuyant ses dires par une comparaison visuelle entre un caftan algérien de 1731 et des modèles marocains plus récents,.

De la Perse antique aux palais d’Orient

Selon les recherches de Mohammed Doumir, l‘histoire du caftan ne commence pas comme une parure féminine, mais comme un habit de bravoure militaire. Les premières traces écrites remontent à la Perse antique, plus de deux siècles avant J.-C., sous le nom de « Khaftan ». À cette époque, il s’agit d’un vêtement de guerre prisé par les princes et les élites guerrières. Ce n’est qu’au IXe siècle, dans l’Irak abbasside, que le terme évolue vers sa prononciation actuelle en « Qafṭān ».

Le vêtement suit ensuite une expansion géographique rigoureuse : de la Perse vers l’Irak, puis vers l’Anatolie ottomane aux alentours de l’an 1300. Sous les premiers sultans ottomans, le caftan entame sa transformation, passant d’une tenue de combat robuste à un habit d’apparat brodé. Cette élégance gagne ensuite le Yémen, la Russie et même l’Inde, où des voyageurs du XVe siècle décrivent des souverains parés de caftans incrustés de pierres précieuses.

L’Algérie, porte d’entrée du caftan au Maghreb

C’est au début du XVIe siècle, avec l’arrivée de l’influence ottomane, que le caftan fait son entrée sur le sol maghrébin. Les archives sont formelles : le premier récit documentant le port du caftan par un habitant local dans la région concerne un Algérien entre 1575 et 1580. L’histoire, rapportée par un témoin de l’époque, raconte qu’un homme tombé à la mer près d’Alger fut sauvé de la noyade grâce à son caftan, utilisé par ses sauveteurs pour le hisser hors de l’eau.

Au-delà de cette anecdote, la présence du caftan en Algérie est solidement ancrée dans les documents juridiques. Des contrats de mariage algériens datant de 1772 mentionnent explicitement des caftans, parfois en soie précieuse dite « Kamkha » ou richement dorés, comme éléments essentiels de la dot ou du patrimoine familial.

L’énigme du dossier de l’UNESCO

La question de l’origine du caftan a pris une dimension institutionnelle avec le dépôt d’un dossier par le Maroc auprès de l’UNESCO. Ce document affirme que le vêtement remonterait aux époques mérinide ou almohade, en s’appuyant sur des auteurs comme Léon l’Africain ou Marmol Carvajal. Cependant, une analyse critique de ces sources soulève des interrogations. Léon l’Africain, bien qu’évoquant des ateliers de couture à Fès, ne mentionne jamais le terme « caftan » pour décrire les habits locaux. Quant à Marmol Carvajal, l’unique mention de ce vêtement dans son œuvre concerne un amiral ottoman, et non une tradition locale préexistante.

Plus surprenant encore, les sources utilisées dans ce dossier officiel, telles que les écrits de Chenier ou de Georg Høst, contiennent des descriptions extrêmement dérogatoires et insultantes envers la société et les souverains de l’époque. L’utilisation de ces textes comme références historiques pose ainsi un dilemme éthique et documentaire majeur.

Influences croisées et héritage partagé

L’analyse historique suggère que la diffusion du caftan vers l’ouest du Maghreb a été fortement influencée par les vagues de migrants. Des recherches, notamment celles de l’historien Bilāl al-Dāhiya, soulignent que les exilés algériens installés à Tétouan y ont introduit des éléments culturels majeurs, dont la baklawa et le caftan.

Caftan
Caftan | Localisation: Stockholm, Suède | Propriétaire d’origine : Ali Pacha, dey d’Alger | Date de l’objet: Vers 1144 H / 1731 J.-C.

Une comparaison visuelle vient d’ailleurs appuyer cette thèse. Un caftan algérien offert en 1731 par le Dey Ali Pacha à la reine de Suède, aujourd’hui conservé au musée de Stockholm, présente des similitudes frappantes avec les modèles apparus plus tardivement au Maroc : même coupe de manches, mêmes broderies dorées sur la poitrine et finitions identiques.

Le caftan : une dimension politique inattendue

L’usage de certaines sources anciennes pour documenter le caftan a entraîné des conséquences géopolitiques imprévues. Les auteurs cités dans le dossier de l’UNESCO, comme Chenier, définissent les frontières méridionales historiques du Maroc au niveau de l’Oued Noun ou d’Agadir, décrivant les populations plus au sud comme vivant en républiques indépendantes. En cherchant à prouver l’ancienneté d’un vêtement, ces documents officiels ont ainsi, paradoxalement, apporté des arguments aux revendications territoriales liées au Sahara occidental.

Si le caftan est un héritage partagé qui a su s’adapter à chaque terroir, les preuves historiques désignent la Perse comme son berceau et l’Algérie comme son premier relais méditerranéen majeur avant sa propagation vers le reste du Maghreb.

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