“Khit Errouh” porté par Assala et l’indignation des Algériens

Khit Errouh, l’un des bijoux les plus emblématique qui constitue les accessoires précieux de la femme algérienne et qui rehausse sa féminité et l’élégance de ses tenues traditionnelles, a suscité l’indignation des Algériens sur les réseaux sociaux après avoir été repéré sur le front de la chanteuse syrienne Assala Nasri dans la chanson “Sid Lghram”.

Le fait que le bijou est porté par la chanteuse n’est pas la source de la controverse. La problématique se situe dans la circonstance de cette apparition. Dans un clip regroupant Assala et la chanteuse marocaine Asma Lmnawar, un aspect du mode de vie marocain est mis en valeur et dans lequel apparaît “khit errouh” porté par la chanteuse syrienne comme étant un accessoire faisant partie de la tenue vestimentaire traditionnelle marocaine, chose qui a révolté les Algériens sur la toile. Il s’agit encore une fois d’une appropriation frauduleuse du patrimoine culturel algérien de la part des Marocains.

Les Algériens crient leur mécontentement

“Khit Errouh” est un bijou typiquement algérien, une vérité qui fait l’unanimité au milieu des Algériens. Aucun doute là-dessus. ”C’est ce qu’on appelle khit errouh ou le zerruf et c’est un bijou algérien à 100 %, il a été volé par le Maroc en raison de nos ressemblances. A présent, ils profitent de l’ignorance des Arabes et des étrangers concernant notre patrimoine. Ils attribuent tout ce qui est beau en Algérie à eux et vous en tant que célébrités, les soutenez indirectement dans leur pillage”, disait un tweet.

“Chaque jour, nous nous réveillons sur un nouveau vol de notre patrimoine par certains. Le bijou que portait Assala est algérien, c’est khit errouh ou le zerruf, il est classé à l’UNESCO avec la robe de la chedda de Tlemcen. La ruse est qu’ils l’ont fait porter à Assal, et j’en suis sûre, sans qu’elle s’en rende compte pour plus de propagande” disait Houda May sur tweeter. Une autre internaute se demande : “Que fait khit errouh sur le front d’Assala ? Quel objectif y a-t-il du fait de l’avoir mis dans un clip d’une chanson marocaine ?”

Khit errouh est bel et bien algérien

Les Algériens, notamment les Algérois transmettent de génération en génération la légende qui raconte l’origine de “khit errouh”. L’histoire, dont certains affirment la véracité, disait qu’un pauvre jeune homme demanda la main d’une jeune fille algéroise appartenant à une famille aisée. En guise de dot, il ne put lui offrir qu’un mince collier. Voyant ceci, la mère de la mariée ne put se retenir et dit : “Bouh ! Ceci est un khit errouh !”. À ces propos, le père pour mettre le bijou en valeur le mit sur le front de la jeune mariée. Depuis, le bijou d’un pauvre devint un symbole d’amour et de fierté que toute jeune mariée devrait avoir dans son trousseau.

Dictionnaire des bijoux de lAfrique du Nord Maroc Algerie Tunisie Tripolitaine Ed 1906
Dictionnaire des bijoux de l’Afrique du Nord, Maroc, Algérie, Tunisie, Tripolitaine (Ed 1906)

D’autres preuves plus concrètes, nous pouvons les trouver dans plusieurs livres écrits au sujet du patrimoine maghrébin. Ainsi, le français Paul Eudel, dans son livre “Dictionnaire des bijoux de l’Afrique du Nord, Maroc, Algérie, Tunisie, Tripolitaine (Ed 1906) a évoqué clairement l’appartenance de khit errouh à l’Algérie.

289090548 738140294047324 2927615820862720346 n

De même que Jean Besancenot dans son livre “Costume du Maroc” explique que les Marocains se sont accaparé du bijou et lui ont donné un autre nom”khit elrih”, le fil du vent, pour faire diversion. L’auteur écrit :”Khit er rih (litt : fil du vent) c’est le khit er roh algérien (le fil de l’âme) récemment importé au Maroc.” (page 164 du livre).

Costume du Maroc
Costume du Maroc

Des tableaux de peinture datant du début du 20e siècle, peints par des peintres étrangers représentent des femmes algériennes portant le khit errouh sur le front. Un peintre nommé Deckers a peint en 1940 un tableau représentant une femme algérienne portant khit errouh au front avec des motifs représentant une étoile et un croissant.

Auguste Renoir  Femme algerienne
Auguste Renoir : Femme algérienne

Avant lui, Pierre-Auguste Renoir (Auguste Renoir) qui a vécu entre 1841 et 1919 a réalisé un tableau signé peinture d’Algérie représentant également une Algéroise portant khit errouh.

Le patrimoine algérien en danger

Khit Errouh
Khit Errouh, un bijou qui rehausse la beauté de la femme algérienne

Des tentatives de pillage du patrimoine algérien notamment de la part des voisins du royaume chérifien ne datent pas d’aujourd’hui. Du karakou algérois au Caftan El-Qadi et La Robe Fergani de Constantine en passant par le patrimoine culinaire tel le couscous et le zviti, les Marocains veulent tout s’approprier.

Khit errouh n’est qu’un petit exemple des Bijoux que les Marocains estiment être les propriétaires. L’insolite est que même les bijoux de Kabylie ne sont pas épargnés. La richesse de la joaillerie algérienne est enracinée dans le temps. Chaque région à ses propres spécificités que les autorités doivent concevoir.

Il est temps que l’Algérie protège et mette en évidence la richesse de son héritage culturel et patrimonial et présente une demande de son inscription à l’UNESCO.

Une internaute du nom de Rose a commenté sur facebook : “Il faut une loi interdisant le port ou la commercialisation d’un patrimoine à l’extérieur du pays pour qu’ils aient peur et puis c’est tout.”

D’autres encore se demandent s’il n’était pas préférable de supprimer les frontières entre le Maroc et l’Algérie afin de mettre définitivement fin à cette éternelle polémique concernant notre histoire commune.

Dans un tweet on peut lire : “Mesdames et Messieurs,le Maroc et l’Algérie étaient un seul peuple que le colonialisme a séparé et qui ne cesse de faire. Les peuples algériens et marocains souhaitent la suppression de ce qu’on appelle les frontières.”

L’UNESCO a reconnu l’origin algérien de Khit Errouh

En effet, l’instance mondiale a reconnu le caractère algérien de Khit Errouh. Ainsi se termina la lutte culturelle entre les Algériens et les Marocains. En fait, l’UNESCO a attribué ce joyau à l’Algérie. De quoi étouffer les ragots. Et a finalement mis fin à une dispute avec un voisin marocain qui en revendiquait la paternité.