En Algérie, l’Aïd est l’occasion de nombreuses traditions resserrant les liens communautaires : les voisins, amis et familles se rassemblent autour de repas et de pâtisseries préparés pour l’occasion, les enfants portent leurs plus beaux habits et reçoivent des cadeaux ou friandises.

Entre un café accompagné d’un Griwech et un couscous, une mélodie s’élève depuis 1969 dans les postes de télévision et de radio du pays. Cette chanson est progressivement devenue emblématique de l’Aïd dans la nation d’Afrique du Nord et s’est forgée une place unique chez les familles algériennes.

Il s’agit de « Mezzynou n’har el youm, saha aidkoum », un morceau de l’un des maitres de la musique arabo-andalouse, Abdelkrim Dali.

L’artiste originaire de Tlemcen, au nord-ouest du pays, est issu d’une famille de mélomanes. Il est initié dès son jeune âge à la musique arabo-andalouse gharnati de la région, et joue aussi bien au r’bab, au violon, au ney, qu’au oud.

L’originalité de l’apport d’Abdelkrim Dali est alors sa capacité à réunir deux grandes écoles du genre, à savoir le gharnati de Tlemcen et la sanaâ d’Alger.

Le gharnati (nom dérivé de la ville de Grenade en Espagne) et le sanaâ désignent respectivement les répertoires tlemcénien et algérois de musique arabo-andalouse, un genre dont l’implantation au Maghreb a commencé durant la période d’Al Andalus et qui s’est accélérée suite à l’expulsion des musulmans et des juifs de la péninsule ibérique durant et après la Reconquista.

C’est d’abord à travers son apprentissage qu’il est exposé à l’école d’Alger. Il participe ensuite en 1940 au lancement de la Radio-Alger et intègre son orchestre en tant joueur de oud. Il devient enseignant à partir de 1951 à l’École municipale de musique de Hussein Dey, puis au Conservatoire municipal d’Alger en 1957.

Icône de l’école de Tlemcen, il se voit attribuer en 1965 une chaire au Conservatoire d’Alger et devient conseiller en 1971 en musique andalouse à l’Institut national de musique.

Abdelkrim Dali
Photo : Timbre-poste à l’effigie d’Abdelkrim Dali pour le centenaire de sa naissance

Le maitre musical dévoué à la création artistique et à la sauvegarde du patrimoine a su allier avec brio les styles algérois et tlemcéniens. Un pari difficile mais dont la réussite a permis d’assurer la survie d’un riche répertoire arabo-andalous algérien.