Ghardaïa, un pôle laitier de référence en Algérie

Si on revenait des années en arrière, l’élevage de vaches laitières dans une région aussi aride que Ghardaïa pourrait s’avérer de l’utopie mais à cœur vaillant rien d’impossible. En quelques années, cette wilaya est devenue un incontournable pôle de production laitière en Algérie.

Malgré les difficultés rencontrées à leurs débuts, de jeunes ingénieurs agronomes s’étaient donnés cœur et âme afin d’atteindre leur objectif et assurer une production suffisante de lait et de réaliser de ce fait l’autosuffisance locale. La poudre de lait importée sur laquelle compte la plupart des laiteries du pays pour répondre aux besoins de la population, n’est plus indispensable pour les laiteries de Ghardaïa vu que le lait frais l’a largement remplacée.

Produire du fourrage à volonté

Le problème majeur auquel ces jeunes agriculteurs devaient faire face était le manque de fourrage. Il leur était impossible de répondre aux besoins du bétail en nourriture bovine. Les moyens d’irrigation ancestraux telle la déviation des eaux des oueds en crue ne suffisaient plus. La récolte était loin d’être suffisante.

Grâce aux journées d’études organisées à Alger par la chambre nationale d’agriculture et auxquelles ces jeunes ambitieux avaient assisté, ces derniers comprirent l’importance du projet et le chemin qui menait vers sa réussite.

A priori, d’imposant pivots d’irrigation ont été installés en vue d’arroser des champs de blé et de maïs en grain en répondant aux instructions des pouvoirs publics. Mais l’œil perçant de ces jeunes agriculteurs leur a indiqué que produire de la luzerne pour leur bétail prime.

Dans les endroits ombragés favorables à la production de cette plante nourrissante, de la luzerne poussait à volonté. Ajoutant aux plantes de maïs qui grandissaient étonnamment, les terrains arides du sud algérien devenaient de véritables prairies.

Les éleveurs n’avaient pas résisté aux appétissantes tiges et feuilles des plantes du maïs. Il procèdent à les récolter pour leurs animaux précocement sans donner d’importance à leurs graines qui ne sont pas encore arrivés à maturité. C’est une plante très avantageuse pour les éleveurs de bétail étant donné qu’elle pousse en une période très courte sans gêner la culture du blé. Dès que le blé fut récolté, il fut remplacé par le maïs que les agriculteurs récoltent avant la prochaine semence de blé.

Le maïs ensilage désormais possible

L’autre souci contraignant était le stockage du maïs pour la saison dure. La luzerne qui pouvait être conservée sous forme de foin n’était pas un souci. Ce qui demandait de la réflexion était le stockage de cette autre plante tant appréciée par les vaches laitières.

A la faveur de la bonne volonté de certains agriculteurs algériens et leur détermination, stocker du maïs fourrage est devenu faisable. Une technique d’enrubannage a été mise en place, cette technique vue par un agriculteur de passage en France, consiste à enrubanner le maïs sous forme de balles rondes à l’aide de combinés presse-enrubanneuse importés d’Autriche. Ces balles peuvent être conservées durant plusieurs mois.

Plusieurs exploitations agricoles, à l’instar de l’exploitation Hadjadj, se sont mises à produire des balles atteignant une tonne ce qui a permis d’atteindre 150.000 tonnes selon le directeur agricole de la wilaya d’El Ménéa. D’autres localités environnantes se sont spécialisées dans ce domaine, particulièrement après l’exploitation de l’eau souterraine et la génération des pivots d’irrigation dans la région.

L’autosuffisance fourragère à l’origine de la réussite

A Ghardaïa et à El-Ménéa, nourrir les vaches laitières à l’aide du maïs de fourrage permet d’une part aux éleveurs de baisser énormément leur dépenses en se passant des bottes de paille très coûteuses, d’autre part l’herbe verte à longueur de l’année, permet une très bonne production de lait surtout pour la race Holstein qui s’est rapidement adaptée au désert algérien et à ce genre d’alimentation.

La production accrue de ce fourrage revient à la disponibilité de l’eau et à sa gratuité. Au Sud algérien l’eau des forages est gratuite, c’est l’état qui subventionne le forage des puits et une bonne partie du matériel agricole.

Ajoutant au fourrage à volonté, les vaches dans ces régions sont prises en charge en utilisant des méthodes d’élevage modernes. Des méthodes plus avancées que celles du nord. Dans de vastes locaux, les vaches profitent d’abreuvoirs automatiques et de climatisation qui convient à chaque saison. Dès que la chaleur pointe son nez, des ventilateurs tournent en permanence faisant tourner des brosses circulaires pour permettre aux vaches de sentir la fraîcheur à longueur de temps.

1,2 litres de lait sont mis sur le marché chaque mois, ce qui permet aux laiteries locales de tourner le dos à l’utilisation de la poudre de lait qui est à l’origine de la crise de lait actuelle. La volonté des jeunes éleveurs et agriculteurs et les subventions étatiques ont permis de faire de Ghardaïa un important pôle laitier en Algérie. Que les autres régions la prennent en exemple et la suivent.