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Le Jouf Albien : Ce trésor caché sous le Sahara pourrait nourrir l’Algérie pendant 2 500 ans

Le Jouf Albien renferme plus de 50 000 milliards de mètres cubes d'eau, un chiffre vertigineux formé sur près d'un million d'années.

Au plus profond du Sahara algérien repose un véritable trésor géologique : le plus grand réservoir d’eau douce au monde. Connu sous le nom de « Jouf Albien » , « nappe de l’Albien » ou « Système aquifère du Sahara septentrional », cet immense réservoir souterrain renferme des eaux fossiles, tombées du ciel il y a plusieurs millions d’années. Cette richesse liquide soulève aujourd’hui des questions économiques majeures : comment valoriser une ressource non renouvelable, comment répartir équitablement ses bénéfices entre présent et avenir, et comment transformer cette abondance géologique en puissance économique durable sans compromettre les garanties des générations futures.

Le Jouf Albien, héritage de millions d’années

Le système aquifère albien s’est formé durant le Crétacé inférieur et supérieur, constituant une composante essentielle du vaste « Système aquifère du Sahara septentrional ». Ce réservoir géant s’étend sur une superficie avoisinant 1,5 million de kilomètres carrés, répartie de manière inégale entre trois pays : environ 70% sur le territoire algérien, 20% en Libye et 10% en Tunisie.

Les estimations concernant le volume d’eau contenu dans ce réservoir varient selon les sources, mais restent considérables. Certaines références évoquent des chiffres oscillant entre 40 000 et 50 000 milliards de mètres cubes, tandis que d’autres études avancent un stock pouvant atteindre 60 000 milliards de mètres cubes. Cette quantité équivaut à plusieurs milliers de fois la capacité des plus grands barrages algériens réunis. Il s’agit d’une eau douce accumulée au fil de périodes pluviales successives, restée ensuite piégée dans des couches profondes situées entre 200 et 2000 mètres sous la surface. Ainsi, l’Algérie, pourtant classée parmi les pays confrontés à un stress hydrique, repose littéralement sur l’une des richesses en eau les plus précieuses au monde.

L’agriculture saharienne, une véritable révolution verte

L’Algérie dispose d’un stock d’eaux souterraines estimé à environ 7,6 milliards de mètres cubes, une ressource devenue un pilier essentiel de l’équation de sécurité hydrique et alimentaire du pays. Si les eaux souterraines couvrent près de 96% des besoins dans les régions sahariennes du sud, la pression sur les ressources en eau reste bien plus forte dans le nord, où les zones côtières et montagneuses dépendent de nappes phréatiques peu profondes exploitées via puits et sources. Au total, les prélèvements nationaux avoisinent 2,4 milliards de mètres cubes par an.

Sur le plan de la valeur économique ajoutée, les eaux souterraines du sud ont cessé d’être une simple ressource naturelle pour devenir un véritable moteur productif. Face à la rareté des précipitations et au caractère profondément désertique de la région, cette eau constitue désormais la colonne vertébrale de l’investissement agricole local.

Cette transformation économique est directement liée au réservoir souterrain, qui permet une véritable percée agricole en plein cœur du Sahara algérien. Grâce à la technique d’irrigation par pivot central, d’immenses cercles verts se déploient, transformant le sable en actifs productifs à haut rendement. Des régions comme Adrar, Ouargla ou El Oued ne sont plus de simples oasis traditionnelles : elles sont devenues les symboles d’une stratégie nationale ambitieuse visant à assurer la sécurité alimentaire tout en réduisant la facture des importations. Fait remarquable, cette dynamique a largement dépassé le stade de l’autosuffisance partielle pour s’intégrer pleinement dans les chaînes d’exportation.

Les exploitations sahariennes produisent aujourd’hui des récoltes variées — pommes de terre, blé, tomates et fruits — et l’Algérie exporte déjà ses excédents, notamment de pommes de terre, vers les marchés voisins, générant des revenus en devises et renforçant sa balance commerciale agricole.

Le Jouf Albien : une double dimension économique pour l’Algérie

Les eaux souterraines apparaissent ainsi comme un véritable capital naturel à double dimension économique : d’un côté, un outil permettant de réduire le coût des importations et de sécuriser l’approvisionnement alimentaire à un coût compétitif ; de l’autre, un levier d’exportation et de diversification des sources de revenus nationaux, loin de la seule dépendance aux hydrocarbures. L’enjeu de la durabilité demeure toutefois central, car une gestion rigoureuse de ce stock non renouvelable constitue la seule garantie permettant de transformer cette renaissance agricole d’un simple essor conjoncturel en une richesse économique durable, transmissible aux générations futures.

Cette « révolution verte » que connaît le sud algérien, matérialisée par ces immenses cercles verts surgissant du cœur du désert, représente l’une des plus belles réussites agricoles de la région. Le cœur de cette prouesse réside précisément dans cet immense réservoir souterrain qui redonne vie aux sables. Il devient dès lors essentiel de réfléchir à la meilleure façon d’exploiter cette ressource stratégique, afin d’élargir la superficie agricole saharienne tout en garantissant sa pérennité.

@travels.and.other La plus grande réserve d'eau douce se trouve en Algérie. #france #algeria #espagne #belgique ♬ Fenc Rap Beats – Ofyra

Les eaux albiennes présentent en effet des caractéristiques uniques : une température relativement modérée, comprise entre 25 et 30 degrés Celsius, qui réduit le choc thermique subi par les plantes en hiver et permet une culture sous serre à moindre coût de chauffage. Cette particularité en fait un véritable moteur pour un système agricole hautement efficace, fondé sur le principe consistant à « produire davantage de calories avec chaque goutte d’eau », tout en ouvrant la possibilité de créer des pôles agricoles répartis sur le territoire, reliés par des réseaux logistiques, favorisant ainsi une répartition plus équilibrée du développement.

Une gestion énergétique indissociable de la durabilité hydrique

La durabilité de l’exploitation des ressources hydriques ne peut être dissociée de la source d’énergie utilisée, l’une des clés majeures d’un développement intégré, notamment à travers les centrales solaires photovoltaïques hybrides, susceptibles de transformer le Sahara algérien en un véritable grenier alimentaire durable.

Conscients du caractère partagé de cette ressource, l’Algérie, la Tunisie et la Libye ont conclu en 2005 un accord visant à établir un mécanisme de gestion concertée des nappes profondes, placé sous la supervision de l’Observatoire du Sahara et du Sahel. Ce mécanisme vise à favoriser l’échange de données, le suivi des niveaux de prélèvement, ainsi que la prévention des différends, à travers une coordination des politiques de développement agricole.

Les trois pays ont d’ailleurs signé récemment, à Alger, un accord instaurant un mécanisme dont le siège sera basé dans la capitale algérienne, dédié à la concertation sur la gestion des eaux souterraines partagées du Sahara septentrional. Cet accord met en lumière l’urgence de développer une nouvelle approche visant à préserver les intérêts communs et à renforcer la coopération dans le domaine des ressources hydriques de manière durable, tout en respectant le principe de souveraineté de chaque État sur ses propres eaux souterraines.

Le plus grand réservoir d’eau douce au monde

Le système aquifère albien, également appelé « Système aquifère du Sahara septentrional », représente une richesse hydrique stratégique considérable, puisqu’il constitue le plus grand réservoir d’eau douce de la planète. Ce gigantesque réservoir s’étend sur une superficie équivalente à près du double de celle de la France, englobant l’essentiel du Sahara algérien et tunisien, jusqu’en Libye, tout en entourant l’intégralité du Grand Erg oriental. L’Algérie détient la part la plus importante de ce stock stratégique, avec environ 70%, majoritairement concentrée dans le sud-est du pays, tandis que les 30% restants se répartissent entre la Libye (20%) et la Tunisie (10%).

Ce bassin souterrain renferme plus de 50 000 milliards de mètres cubes d’eau, un chiffre vertigineux équivalant à 50 000 fois la capacité de stockage du barrage de Beni Haroun, dans l’est algérien. Cet immense stock hydrique s’est formé par accumulation sur près d’un million d’années, durant les périodes pluvieuses qu’a connues le Crétacé inférieur.

Une coopération régionale structurée depuis 2005

Conscients de l’importance économique et géopolitique de cette ressource transfrontalière, les trois pays concernés ont mis en place, en avril 2005, un mécanisme de gestion concertée sous l’égide de l’Observatoire du Sahara et du Sahel. Cette coopération a été couronnée par un accord ambitieux visant à garantir une gestion équitable, rationnelle et durable de ce réservoir hydrique vital, dont la supervision et le suivi ont été confiés à l’Observatoire lui-même.

Deux grands bassins aux caractéristiques distinctes

Les eaux stockées dans cette couche de grès ne forment pas véritablement une mer, mais bien des eaux albiennes profondes, ou eaux fossiles, formées il y a des milliers d’années et partagées entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Le système aquifère transfrontalier se compose en réalité de deux grands bassins de vaste étendue.

Le bassin du Complexe terminal couvre une superficie de 400 000 kilomètres carrés. Certaines estimations évaluent son stock à environ 28 000 milliards de mètres cubes d’eaux souterraines, partagées entre l’Algérie (80%) et la Libye (20%).

Le bassin du Continental intercalaire, quant à lui, s’étend sur 200 000 kilomètres carrés et contiendrait environ 12 000 milliards de mètres cubes d’eaux souterraines, partagées entre l’Algérie (90%) et la Tunisie (10%).

Combien de temps cette ressource peut-elle durer ?

Selon les experts, la durée de vie exacte de cette ressource reste difficile à établir avec précision en raison du manque de données. Toutefois, une étude de l’Institut national algérien de recherche en ressources hydriques estime que son exploitation pourrait s’étendre sur plusieurs centaines d’années, à condition d’adopter des scénarios de gestion durable.

Plus précisément, cette même étude, publiée en 2015, estime la durée de vie des nappes du Complexe terminal à 2 500 ans dans le cadre de scénarios de gestion durable, contre seulement 500 ans en cas d’exploitation excessive. Une étude du Centre de recherche scientifique et technique dans le domaine de l’eau, publiée en 2018, évalue quant à elle la durée de vie des nappes du Continental intercalaire à 1 300 ans sous un scénario de gestion durable, contre 275 ans en cas de surexploitation. Enfin, une étude de la Banque mondiale, publiée en 2020, indique que la durée de vie de ces nappes serait d’au moins 250 ans, dans une estimation plus prudente.

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