Culture algérienne

6 500 euros pour un chardonneret : ce que révèle une étude algérienne

6 500 euros pour un chardonneret ? Une étude algérienne révèle les dessous surprenants du marché de cet oiseau très recherché.

Le chardonneret élégant, connu également sous le nom de chardonneret européen, est un oiseau familier dans de nombreuses régions d’Algérie. Reconnaissable à son visage rouge entouré de noir et de blanc, à son plumage brun et à ses ailes noires traversées d’une bande jaune, il séduit depuis longtemps les amateurs par son apparence et surtout par la qualité de son chant.

Mais derrière cette popularité se cache un phénomène économique surprenant. Une étude menée par des chercheurs algériens et publiée dans le Journal for Nature Conservation indique que certains chardonnerets particulièrement bien dressés peuvent atteindre des prix allant jusqu’à 6 500 euros, soit une valeur exceptionnelle pour un oiseau domestique.

Une étude menée auprès de centaines d’éleveurs

Pour mieux comprendre ce marché et ses conséquences sur les populations sauvages, des chercheurs issus de plusieurs universités algériennes ont mené deux enquêtes entre 2018 et 2020.

La première a concerné 833 familles d’éleveurs réparties dans sept wilayas du nord du pays, couvrant différentes régions du Nord-Est, du Centre et du Nord-Ouest. Une seconde enquête a été réalisée lors d’une exposition consacrée au chardonneret européen à Alger en 2020, auprès de 70 participants.

Les chercheurs cherchaient notamment à connaître le profil des éleveurs, l’origine des oiseaux détenus, leur niveau de connaissance concernant la protection de l’espèce et l’influence des prix sur la capture et le commerce des oiseaux sauvages.

chardonneret
© Jacques Rivière

Une passion qui attire aussi les jeunes

Les résultats montrent que l’élevage du chardonneret ne constitue pas uniquement une pratique traditionnelle associée aux générations plus âgées.

Près de 90 % des personnes interrogées étaient des hommes, tandis qu’environ la moitié des éleveurs appartenaient à la tranche d’âge des 19 à 30 ans. Parmi eux figuraient notamment des fonctionnaires, des travailleurs indépendants et une proportion importante de personnes ayant suivi des études universitaires.

Pour les chercheurs, cette donnée présente un intérêt particulier en matière de sensibilisation. Identifier précisément le public concerné pourrait permettre de concevoir des campagnes environnementales mieux ciblées, notamment dans les écoles et sur les réseaux sociaux.

Pourquoi un chardonneret peut-il coûter aussi cher ?

Le prix exceptionnel de certains spécimens s’explique notamment par leurs qualités de chant et leur niveau de dressage. Un oiseau particulièrement performant peut ainsi acquérir une valeur très supérieure à celle d’un simple animal de compagnie.

Cette valorisation transforme toutefois la passion en véritable enjeu de conservation. Plus un oiseau sauvage possède une forte valeur commerciale, plus la demande peut encourager sa capture et sa mise en vente.

L’étude souligne justement que l’offre disponible sur le marché provient en grande partie d’oiseaux capturés dans la nature. Cette pression commerciale constitue une préoccupation importante pour une espèce dont la présence en Algérie aurait fortement diminué au cours des dernières décennies.

Agir sur la demande plutôt que sur les seuls captureurs

Face à cette situation, les chercheurs mettent en avant une approche qui ne repose pas uniquement sur la répression de la capture illégale.

Selon leurs conclusions, réduire la demande pourrait constituer un levier essentiel. L’objectif serait notamment de convaincre davantage de consommateurs de ne pas acheter des oiseaux provenant de la nature, plutôt que de concentrer les efforts exclusivement sur les personnes qui les capturent.

Les campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires, sur les plateformes numériques et auprès des amateurs pourraient ainsi jouer un rôle important dans l’évolution des comportements.

Un rôle dans l’équilibre des écosystèmes

Au-delà de sa valeur culturelle ou commerciale, le chardonneret occupe également une place dans les écosystèmes.

L’oiseau se nourrit notamment de graines de nombreuses plantes sauvages. Il participe ainsi aux interactions entre la faune et la végétation et fait lui-même partie de la chaîne alimentaire, puisqu’il peut servir de proie à d’autres espèces. Une diminution importante de ses populations pourrait donc avoir des répercussions sur certaines relations écologiques.

La question du chardonneret dépasse ainsi largement celle d’un simple marché d’oiseaux chanteurs. En Algérie, la préservation de l’espèce dépend aussi de la capacité à faire évoluer les pratiques d’élevage, à limiter la capture des individus sauvages et à sensibiliser les amateurs à l’importance de préserver les populations présentes dans leur milieu naturel.

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