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Tachygraphe en Algérie : vers une surveillance plus intelligente du transport professionnel

Tachygraphe en Algérie : vitesse, temps de conduite et périodes de repos pourraient désormais être suivis plus précisément pour mieux prévenir les accidents du transport professionnel.

Longtemps associé au contrôle de la vitesse, le tachygraphe pourrait prendre une place beaucoup plus importante dans la prévention des accidents impliquant les poids lourds et les autobus en Algérie. Le dispositif permet en effet de suivre non seulement la vitesse d’un véhicule, mais également la durée de conduite, les arrêts et les périodes de repos.

L’orientation annoncée par le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports suscite des réactions favorables dans le secteur. L’Association nationale des moniteurs professionnels de conduite y voit notamment une opportunité pour renforcer la sécurité routière, à condition que le dispositif passe réellement du cadre réglementaire à une application concrète sur le terrain.

Passer du texte à l’application

Pour l’association présidée par Nabila Ferhat, l’enjeu actuel ne réside plus uniquement dans l’existence d’un cadre juridique. Des dispositions sont notamment prévues par l’article 85 de la loi n° 26-09 portant nouveau Code de la route, publiée au Journal officiel n° 36, ainsi que par l’article 49 de l’ordonnance n° 09-03 modifiant et complétant la loi n° 01-14.

La prochaine étape devrait donc consister à mettre en place les équipements, les procédures et les mécanismes de contrôle nécessaires pour permettre au tachygraphe de jouer pleinement son rôle. Autrement dit, l’existence de règles ne suffit pas à elle seule. Leur efficacité dépendra également de la capacité des autorités et des professionnels à assurer leur application, leur suivi et leur contrôle.

Un outil qui surveille bien plus que la vitesse

L’intérêt du tachygraphe réside précisément dans la quantité d’informations qu’il peut fournir sur les conditions de conduite. Le dispositif permet notamment d’enregistrer la vitesse du véhicule, mais aussi de suivre les temps passés au volant, les périodes d’arrêt et les moments consacrés au repos. Ces données sont particulièrement importantes dans le transport professionnel, où les longues distances et les horaires contraignants peuvent favoriser la fatigue.

Un conducteur qui accumule les heures de conduite sans pauses suffisantes peut voir sa vigilance diminuer, ses réflexes ralentir et sa capacité à réagir rapidement face à un danger se dégrader. Dans cette perspective, le tachygraphe pourrait permettre d’intervenir avant qu’un accident ne survienne, en identifiant notamment les situations où les règles relatives aux temps de conduite et de repos ne sont pas respectées.

Protéger aussi les conducteurs

La question de la sécurité ne concerne toutefois pas uniquement les passagers et les autres usagers de la route. Le conducteur professionnel est lui-même directement exposé aux conséquences de la fatigue et de la pression liée aux longues distances et aux délais de livraison ou de transport.

Le respect des temps de repos ne devrait donc pas être considéré uniquement comme une obligation administrative imposée au chauffeur. Il constitue également une mesure de protection pour celui qui se trouve derrière le volant. Dans ce domaine, la responsabilité est partagée entre le conducteur, l’entreprise de transport, le propriétaire ou exploitant du véhicule et les organismes chargés du contrôle.

Des limites de vitesse adaptées aux véhicules

La surveillance de la vitesse doit également tenir compte de la nature des véhicules concernés et de leurs caractéristiques. Pour les véhicules de transport de personnes comportant plus de neuf places, les vitesses maximales évoquées sont de 100 km/h sur autoroute, 80 km/h hors agglomération et 40 km/h en agglomération.

Pour les véhicules de transport de marchandises dont le poids se situe entre 3,5 et 19 tonnes, les limites indiquées sont de 90 km/h sur autoroute, 80 km/h hors agglomération et 40 km/h en agglomération. Lorsque le poids dépasse 19 tonnes, la vitesse maximale est ramenée à 80 km/h sur autoroute, 70 km/h hors agglomération et 40 km/h en agglomération.

Les véhicules transportant des matières dangereuses sont soumis à des restrictions encore plus importantes, avec des plafonds pouvant atteindre 70 km/h sur autoroute, 60 km/h hors agglomération et 30 km/h en agglomération. Des réductions supplémentaires peuvent également être nécessaires dans certaines conditions météorologiques.

Ces différences rappellent qu’une politique de sécurité routière efficace ne peut pas considérer tous les véhicules de la même manière.

De la constatation d’une infraction à l’analyse des comportements

L’un des changements les plus importants attendus avec le tachygraphe concerne la philosophie même du contrôle.

Une surveillance classique permet généralement de constater une infraction à un moment précis. Les données issues du tachygraphe pourraient, dans le respect du cadre juridique applicable, offrir une vision plus globale du comportement du véhicule sur une période donnée.

Il deviendrait alors possible d’identifier des tendances : dépassements répétés des limites de vitesse, temps de conduite excessifs, pauses insuffisantes ou encore répétition de certains comportements à risque. Cette approche pourrait progressivement permettre aux autorités de mieux cibler leurs interventions et de concentrer les contrôles sur les situations présentant les risques les plus importants.

La technologie ne remplacera pas les autres contrôles

Malgré ses avantages, le tachygraphe ne constitue pas à lui seul une solution miracle contre les accidents de la circulation.

La sécurité dans le transport professionnel dépend d’un ensemble de facteurs : état physique et vigilance du conducteur, entretien du véhicule, état des pneumatiques et des systèmes de freinage, respect des charges autorisées, vitesse, conditions météorologiques et état des infrastructures routières.

La qualité de la formation des conducteurs et l’efficacité des opérations de contrôle restent également déterminantes. Le tachygraphe doit donc être considéré comme un outil supplémentaire au sein d’une stratégie globale, et non comme un substitut aux autres mesures de prévention.

Vers une surveillance fondée sur les données

Si son déploiement est accompagné des moyens techniques et humains nécessaires, le tachygraphe pourrait néanmoins ouvrir la voie à une nouvelle approche de la sécurité routière en Algérie.

L’exploitation des données enregistrées pourrait permettre de mieux comprendre les situations à risque et d’orienter les opérations de contrôle vers les comportements ou les véhicules nécessitant une attention particulière.

Cette logique marque un changement important : plutôt que d’attendre qu’une infraction ou un accident révèle un problème, l’objectif serait de détecter certains facteurs de danger suffisamment tôt pour agir.

L’objectif : prévenir plutôt que sanctionner

Pour les professionnels favorables à cette évolution, la réussite du tachygraphe ne devrait pas être évaluée au nombre de contraventions enregistrées.

L’enjeu principal reste la réduction des accidents, la protection des conducteurs et des passagers et, plus largement, la sécurité de l’ensemble des usagers de la route.

La prochaine étape sera donc déterminante. Entre les dispositions prévues par les textes et leur application effective, il faudra assurer la disponibilité des équipements, la formation des acteurs concernés, la fiabilité des procédures de contrôle et la coordination entre les différents intervenants.

Le véritable défi sera ainsi de transformer un dispositif prévu par le cadre réglementaire en un véritable instrument de prévention. Si cette transition est menée efficacement, le tachygraphe pourrait contribuer à faire évoluer le transport professionnel algérien d’une logique principalement fondée sur la constatation des infractions vers une surveillance davantage préventive, structurée et basée sur les données.

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