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Essais nucléaires en Algérie : 20 organisations exigent des comptes à la France

65 ans après Gerboise Bleue, la mémoire nucléaire du Sahara interpelle encore la France.

Soixante-cinq ans après le premier essai nucléaire français au Sahara, la mémoire des explosions atomiques menées entre 1960 et 1966 continue de hanter l’Algérie et ses populations. Vingt organisations internationales, dont la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), interpellent aujourd’hui la France afin qu’elle assume ses responsabilités historiques, sanitaires et environnementales.

Essais nucléaires : Un héritage radioactif toujours présent

Le 13 février 1960, la France coloniale procède à l’explosion de sa première bombe nucléaire, baptisée « Gerboise Bleue », dans le désert de Reggane. Sa puissance – estimée entre 60 000 et 70 000 tonnes d’explosifs – dépasse largement celle de la bombe qui a ravagé Hiroshima. Cette déflagration marque le début d’une série de 57 essais nucléaires réalisés au Sahara jusqu’en 1966 : quatre explosions atmosphériques à Reggane, treize explosions souterraines à In Ecker, trente-cinq tirs supplémentaires à Hammoudia et cinq expériences de plutonium dans la même zone.

Au-delà de leur portée stratégique pour la France de l’époque, ces essais ont laissé derrière eux un désastre humain et écologique. Les sols, les nappes phréatiques et l’air ont été durablement contaminés, et les effets se transmettent encore aujourd’hui aux générations nées bien après la fin des tirs.

Des vies marquées à jamais

Les registres médicaux en Algérie continuent de rapporter chaque année une multitude de cas liés à l’exposition radioactive : cancers, malformations génitales, handicaps physiques, stérilité et traumatismes psychologiques chroniques. Les habitants des régions de Reggane et d’In Ecker, en particulier, demeurent les premières victimes silencieuses de cette tragédie nucléaire.

Malgré l’ampleur de ce drame, la réparation demeure quasi inexistante. Depuis 2010, seules deux victimes algériennes ont été indemnisées par la France, contre plus de 400 Polynésiens. Cette disparité est jugée profondément injuste par les associations, qui y voient un traitement discriminatoire et un déni de mémoire.

Les revendications de la société civile

À l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, le 29 août dernier, une coalition d’organisations non gouvernementales a formulé quatre exigences à l’adresse de Paris :

  • Reconnaissance officielle des crimes commis lors des essais.

  • Publication intégrale des archives liées aux explosions nucléaires.

  • Dépollution des sites contaminés dans le Sahara.

  • Ratification du Traité d’interdiction des armes nucléaires.

Pour ces acteurs, il ne s’agit pas seulement d’un dossier du passé mais d’une urgence sanitaire, écologique et humaine.

Une mémoire qui refuse le silence

Cette mobilisation internationale n’est pas nouvelle : en septembre 2024, les rapporteurs de l’ONU avaient déjà exhorté la France à agir, sans obtenir de réponse concrète. Aujourd’hui, la société civile redouble de pression afin de briser un silence officiel qui dure depuis des décennies.

Plus que jamais, les organisations rappellent que la justice pour les victimes algériennes ne peut plus attendre. Les cicatrices invisibles laissées par les essais nucléaires ne sont pas seulement celles des terres contaminées, mais aussi celles de mémoires blessées qui réclament reconnaissance et réparation.

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