« La Bataille d’Alger » : le film politique le plus influent du XXe siècle selon AlloCiné
« La Bataille d'Alger » de Gillo Pontecorvo, tourné en 1966, reste une référence mondiale du cinéma politique.
Le film algérien « La Bataille d’Alger » continue, six décennies après sa sortie, de fasciner critiques et cinéastes du monde entier. Dans un article publié sur le site spécialisé AlloCiné, le journaliste de cinéma Olivier Bailarrouelo revient sur cette œuvre culte, créditée d’une note de 4,2 sur 5 en tant que chef-d’œuvre du réalisme cinématographique. Le film a même fait l’objet d’une étude approfondie par le département de la Défense américain, le Pentagone, lors de la guerre d’Irak en 2003, preuve de sa portée qui dépasse largement le champ artistique.
Un document politique majeur du XXe siècle
Réalisé en 1966, « La Bataille d’Alger » est présenté par l’auteur de l’article comme l’un des films politiques les plus marquants du siècle dernier, en raison de la rigueur quasi documentaire avec laquelle il restitue les techniques de la guérilla urbaine. C’est précisément cette précision technique qui a poussé les stratèges du Pentagone à le projeter devant des experts militaires en 2003. Le long-métrage retrace la lutte du peuple algérien pour son indépendance depuis les années 1950, et les scènes de torture qu’il montre ont été tournées sur les lieux mêmes où se sont déroulés les faits réels.

« La Bataille d’Alger » : une interdiction de plusieurs décennies en France
Si le film a raflé le Lion d’or à la Mostra de Venise, le prix de la critique à Cannes et trois nominations aux Oscars, il n’a pourtant obtenu son visa d’exploitation en France qu’en 1971, cinq ans après sa sortie. Sa diffusion en salles a ensuite été rapidement stoppée sous la pression de menaces explicites, le condamnant à disparaître des écrans français pendant près de trente ans.
Gillo Pontecorvo, entre fiction et documentaire
Ce long-métrage constitue l’apogée de la carrière du réalisateur italien engagé Gillo Pontecorvo, dont les débuts dans le documentaire transparaissent nettement dans son style sobre et tendu, magnifié par la photographie en noir et blanc de Marcello Gatti. L’article souligne que le film mêle histoire et fiction dans la mesure où sa réalisation a bénéficié du soutien du gouvernement algérien, notamment à travers Yacef Saadi, ancien cadre du FLN devenu producteur via sa société Casbah Films, qui interprète dans le film son propre rôle durant la bataille d’Alger. Il ne s’agit toutefois pas, selon l’auteur, d’une simple œuvre de propagande.
Une source d’inspiration pour de grands cinéastes
L’influence du film s’étend à plusieurs générations de réalisateurs, parmi lesquels Spike Lee, Oliver Stone ou encore Steven Soderbergh. Ce dernier n’a jamais caché s’être largement inspiré de l’œuvre pour son film « Traffic », allant jusqu’à recommander à son équipe de visionner « French Connection » et « La Bataille d’Alger » avant le tournage. Spike Lee, de son côté, évoquait en 2004 la difficulté à juger le film selon qu’on se place du point de vue du colonisateur ou du combattant pour l’indépendance. Plus récemment, le réalisateur Paul Thomas Anderson n’a pas laissé au hasard le choix de montrer son personnage, un ancien révolutionnaire interprété par Leonardo DiCaprio, en train de visionner ce film référence dans « Une bataille après l’autre ».
Un manuel de guérilla urbaine détourné de son propos
Le scénariste Franco Solinas, connu pour ses convictions communistes, expliquait dès 1972 son intérêt pour les mécanismes de la lutte anticoloniale et leur traduction cinématographique à travers les techniques de guérilla urbaine, précisant que l’objectif n’était pas de montrer la guérilla mais de s’en servir pour l’expliquer. Cette dimension pédagogique a d’ailleurs conduit les militants du mouvement afro-américain des Black Panthers à s’appuyer sur le film pour étudier ces mêmes techniques de combat urbain.
L’affiche polémique du Pentagone en 2003
C’est cette même logique qui a motivé l’intérêt du Pentagone pour le film, projeté le 27 août 2003, en pleine offensive américaine en Irak sous la présidence de George W. Bush. À cette occasion, une affiche fut diffusée avant la séance, interrogeant sur la manière de gagner une bataille contre le terrorisme tout en perdant la bataille des idées, rappelant que la France avait disposé d’un plan tactiquement efficace mais stratégiquement voué à l’échec.
















