Ports algériens : le groupe danois lié à Maersk investit dans Portek International
L’évolution des investissements dans le transport maritime remet les ports algériens au cœur des enjeux économiques internationaux.
Le groupe danois A.P. Møller Capital, spécialisé dans les infrastructures et les investissements portuaires et lié au groupe A.P. Møller, maison mère de Maersk, a acquis Portak International, une société japonaise enregistrée à Singapour qui possède notamment des intérêts dans le port de Béjaïa. Cette opération intervient alors que les projets du groupe français CMA CGM en Algérie restent, selon les informations rapportées, sans concrétisation officielle annoncée.
Au-delà de cette transaction, le dossier illustre l’intérêt des grands opérateurs internationaux pour les infrastructures portuaires algériennes, dans un contexte où les relations diplomatiques entre Alger et Paris ont pesé sur les échanges économiques et les perspectives d’investissement.
Portek International, un opérateur présent sur plusieurs marchés internationaux
L’accord annoncé le 15 octobre 2026 prévoit l’acquisition de 100 % de Portek International auprès du groupe japonais Mitsui & Co., par l’intermédiaire du fonds Emerging Markets Infrastructure Fund II d’A.P. Møller Capital. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué dans l’annonce officielle.
Basée à Singapour, Portek est spécialisée dans l’exploitation de terminaux portuaires dédiés aux marchandises, ainsi que dans l’ingénierie, la maintenance et la gestion des infrastructures portuaires. L’entreprise possède des intérêts dans sept terminaux répartis entre l’Algérie, le Gabon, l’Indonésie, la Lettonie, Malte et le Vietnam.
Son activité représente des volumes significatifs à l’échelle internationale. Selon les données communiquées lors de l’annonce, les terminaux concernés traitent chaque année environ 700 000 conteneurs, sept millions de tonnes de marchandises en vrac et 90 000 véhicules. Portek emploie par ailleurs près de 1 400 personnes à travers ses activités et son siège.
En intégrant ce portefeuille, A.P. Møller Capital renforce sa présence dans les infrastructures logistiques et portuaires. Pour l’Algérie, cette opération attire particulièrement l’attention en raison des intérêts de Portek dans le secteur portuaire national, notamment à Béjaïa.
Maersk et CMA CGM, deux grands acteurs aux stratégies différentes
Cette évolution intervient dans un secteur marqué par une forte concurrence entre les grandes compagnies maritimes et les investisseurs spécialisés dans les infrastructures portuaires.
Le groupe Maersk, d’origine danoise, figure parmi les principaux acteurs mondiaux du transport maritime de conteneurs. CMA CGM, son concurrent français, occupe également une place majeure dans le commerce international. Il convient toutefois de distinguer leurs activités de transport maritime de celles d’A.P. Møller Capital, qui investit dans des infrastructures et des actifs logistiques.
L’acquisition de Portek ne signifie donc pas que Maersk reprend directement l’exploitation de l’ensemble des ports concernés. L’opération est portée par A.P. Møller Capital, une entité d’investissement liée au groupe A.P. Møller, et concerne une société spécialisée dans les terminaux portuaires.
Cette distinction est importante pour comprendre les enjeux de l’opération : au-delà du transport des marchandises par voie maritime, le contrôle et la gestion des infrastructures qui accueillent les navires représentent un levier stratégique pour les chaînes logistiques internationales.
CMA CGM ambitionne de renforcer sa présence en Algérie
De son côté, le groupe français CMA CGM cherche depuis plusieurs années à développer ses activités en Algérie. Parmi les projets évoqués figure une participation plus importante à la gestion des infrastructures portuaires, notamment à Oran, ainsi que le développement de liaisons maritimes pour les voyageurs et les marchandises.
Le 2 juin 2025, le président Abdelmadjid Tebboune a reçu Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA CGM, pour discuter des perspectives d’investissement du groupe en Algérie. Cette rencontre intervenait après le report d’une visite initialement envisagée en avril, dans un contexte de tensions diplomatiques entre Alger et Paris.
Le 19 juin 2025, Christine Cabau, vice-présidente exécutive de CMA CGM, a également été reçue par le ministre des Transports, Saïd Sayoud. La rencontre portait sur plusieurs dossiers relatifs au transport maritime de marchandises et de voyageurs. À cette date, aucune signature formelle n’avait été annoncée pour concrétiser les principaux projets évoqués.
Des relations diplomatiques qui pèsent sur les perspectives économiques
Les relations entre l’Algérie et la France ont connu une période de fortes tensions diplomatiques en 2025, marquée notamment par des expulsions réciproques de personnels diplomatiques. Cette situation a compliqué le contexte dans lequel plusieurs entreprises françaises cherchaient à développer leurs activités en Algérie.
La visite de Rodolphe Saadé en juin 2025 avait néanmoins montré que les discussions économiques n’étaient pas totalement interrompues. Des échanges se poursuivaient entre les représentants des deux pays et plusieurs entreprises françaises maintenaient leur intérêt pour le marché algérien.
Il serait toutefois prématuré d’attribuer l’absence de concrétisation de certains projets de CMA CGM aux seules tensions politiques. Les décisions d’investissement dépendent également de négociations commerciales, de conditions contractuelles, d’autorisations réglementaires et de considérations opérationnelles.
De même, les affirmations relatives aux difficultés rencontrées par des milliers d’entreprises françaises exportant vers l’Algérie nécessitent des données indépendantes et actualisées pour en mesurer précisément l’ampleur.
Les infrastructures portuaires algériennes au centre des enjeux logistiques
Pour l’Algérie, l’arrivée d’un nouvel investisseur dans l’actionnariat de Portek constitue un développement à suivre, notamment en raison des intérêts de l’entreprise dans le secteur portuaire national. Les retombées concrètes dépendront cependant des modalités de la transaction, de la stratégie du nouvel actionnaire et des investissements qui seront effectivement réalisés.
L’efficacité des terminaux, la capacité de traitement des marchandises, la fluidité des opérations et la qualité des services portuaires jouent un rôle important dans la compétitivité du commerce extérieur. Les investissements dans ces infrastructures peuvent contribuer à améliorer les chaînes logistiques, à condition de s’accompagner de moyens techniques adaptés, d’une gestion efficace et d’objectifs clairement définis.
L’accord concernant Portek ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’un nouveau contrat d’exploitation portuaire signé directement avec les autorités algériennes. Il marque avant tout un changement annoncé dans l’actionnariat d’un opérateur déjà présent sur plusieurs marchés.
L’enjeu pour l’Algérie sera donc de transformer l’intérêt des investisseurs internationaux en résultats concrets : des infrastructures plus performantes, des services portuaires améliorés et une meilleure fluidité des échanges commerciaux.
















