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Sandrine Malika Charlemagne réclame la vérité historique pour une réconciliation avec l’Algérie

Sandrine Malika Charlemagne, auteure franco-algérienne, lors de la publication de sa tribune.

Dans une tribune publiée récemment dans le quotidien français La Croix, la romancière et réalisatrice Sandrine Malika Charlemagne a lancé un message fort à l’adresse de Paris. Elle y appelle la France à mettre fin à ce qu’elle qualifie de “bouts de vérité” tronqués concernant sa période coloniale en Algérie et affirme que aucune réconciliation profonde entre les deux pays n’est possible sans reconnaissance pleine et entière des crimes commis durant la colonisation.

Charlemagne, dont les origines familiales sont partagées entre l’Algérie et la France, s’appuie à la fois sur l’histoire personnelle de sa famille et sur des événements historiques tragiques pour argumenter que la France doit dépasser les versions partielles ou sélectives de son passé colonial si elle souhaite réparer les liens avec l’Algérie.

Des racines personnelles au cœur des revendications

L’auteure commence son intervention par une référence à son propre héritage familial : son père, né en Algérie et migrant en France comme ouvrier, n’a jamais parlé des violences de la colonisation à ses enfants. Charlemagne utilise cette anecdote familiale pour illustrer l’impact durable du silence sur la mémoire collective. Elle soutient que le refus de faire face à la totalité de l’histoire coloniale empêche toute véritable réconciliation entre les sociétés française et algérienne.

Son propos met également en lumière un fait souvent évoqué dans les débats contemporains : l’histoire coloniale ne se limite pas à des récits académiques, mais porte en elle des blessures familiales, sociales et intergénérationnelles qui continuent d’affecter les deux peuples.

« Il est temps pour nous en France de savoir dire la vérité à propos de l’Algérie » – Sandrine Malika Charlemagne

Une question centrale : l’histoire oubliée ou tronquée

Charlemagne critique ce qu’elle considère comme des efforts de minimisation ou de “bouchage” des vérités historiques concernant des crimes coloniaux commis par l’administration française en Algérie. Ces épisodes comprennent des massacres de civils, des destructions de communautés et des violences systématiques qui frappent encore la conscience collective des deux pays. Selon elle, ces éléments historiques ne devraient pas être traités comme des sujets secondaires ou partiels, mais comme des faits essentiels à reconnaître pour un dialogue sincère.

Elle insiste sur le fait que la mémoire ne peut être sélective et qu’une réconciliation durable ne peut surgir que d’une confrontation franche avec les épisodes les plus sombres du passé colonial. Cette perspective rejoint les revendications exprimées par de nombreux historiens, intellectuels et responsables politiques qui estiment que sans un tel travail de mémoire, toute relation future restera superficielle.

Contexte plus large des relations bilatérales

Cet appel intervient alors que les rapports entre l’Algérie et la France sont marqués par de nombreuses tensions diplomatiques et politiques. Par exemple, le Parlement algérien a voté fin décembre 2025 une loi qui qualifie l’époque coloniale française en Algérie de “crime d’État”, réclamant un excuses officielles et des réparations pour les dommages matériels et moraux causés.

Ce texte législatif énumère aussi des actes tels que des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, la confiscation systématique de ressources et même des essais nucléaires effectués par la France sur le sol algérien, et demande la responsabilité juridique complète de l’ancienne puissance coloniale.

La décision a été accueillie par Paris comme un geste hostile, qualifiant la démarche de dommageable au dialogue bilatéral. Cette appréciation française reflète une divergence profonde sur la manière de remédier aux blessures du passé, tandis qu’Alger affirme qu’il n’y aura pas de véritable normalisation sans reconnaissance des faits historiques.

Un débat qui dépasse les simples relations diplomatiques

L’intervention de Sandrine Malika Charlemagne met en lumière une dimension culturelle et humaine du débat : la nécessité de vérité historique comme fondement d’une réconciliation authentique. Selon elle, le refus ou la réticence à affronter une histoire difficile ne servira qu’à perpétuer des malentendus et des ressentiments entre les peuples français et algériens.

Pour de nombreux observateurs, la question n’est pas simplement juridique ou politique, mais aussi morale : reconnaître des faits douloureux du passé serait un pas vers un avenir de coopération basé sur la compréhension et le respect mutuels.

Perspectives et enjeux futurs

Alors que les deux pays affrontent des questions complexes, de la mémoire coloniale aux enjeux migratoires et économiques, l’appel de Charlemagne représente une voix parmi d’autres qui invitent à un passage à une phase de dialogue plus sincère. Pour certaines voix progressistes en France ainsi qu’en Algérie, il est essentiel de dépasser les postures traditionnelles pour construire une relation fondée sur l’équité, la reconnaissance et la vérité historique.

Ce débat, bien plus qu’un simple échange littéraire ou intellectuel, pourrait contribuer à façonner la nature des relations entre les anciennes colonies et leurs anciennes puissances, dans une ère où la mémoire et la justice historique prennent une importance croissante dans les affaires internationales.

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