Algérie–Émirats : Amar Belani revient sur les raisons de la rupture
Pourquoi Alger a-t-elle décidé de rompre avec Abou Dhabi ? L’ancien diplomate Amar Belani revient sur plusieurs années de tensions et évoque plusieurs dossiers sensibles.
La décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis est présentée par l’ancien ambassadeur Amar Belani comme l’aboutissement d’une longue période de tensions entre les deux pays.
Dans une publication consacrée à cette décision, l’ancien diplomate Amar Belani, estime qu’Alger aurait longtemps privilégié la retenue, par responsabilité et dans le souci de ne pas accentuer les divisions au sein du monde arabe. Selon lui, cette attitude aurait toutefois été progressivement remise en question face à ce qu’il décrit comme une succession d’actions hostiles dissimulées derrière les relations diplomatiques.
Des accusations d’ingérence dans les affaires algériennes
Parmi les principaux griefs évoqués figure ce que l’ancien responsable qualifie d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Algérie.
Il cite notamment le soutien qui aurait été accordé au mouvement indépendantiste MAK, classé organisation terroriste par les autorités algériennes. Il reproche également à Abou Dhabi d’avoir offert une visibilité internationale à des représentants de ce mouvement, ce qu’il considère comme une forme de reconnaissance politique.
L’ancien porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères évoque également la présence aux Émirats de personnes recherchées par la justice algérienne. Il affirme que le pays aurait servi de refuge à certains individus poursuivis notamment dans des affaires liées au détournement de fonds publics.
Le dossier marocain et le rapprochement avec Israël
Autre élément mis en avant : le rapprochement stratégique entre les Émirats, le Maroc et Israël.
Amar Belani estime que les relations établies dans le cadre des accords d’Abraham ne se seraient pas limitées à une normalisation diplomatique. Il évoque notamment une coopération dans les domaines militaire, sécuritaire et du renseignement, ainsi que le transfert de certaines technologies à usage militaire.
Dans cette lecture, le développement des relations entre Rabat, Abou Dhabi et Tel-Aviv aurait contribué à l’émergence d’un nouvel axe de coopération régionale que l’ancien diplomate considère comme contraire aux intérêts stratégiques algériens.
Le Sahel au cœur des préoccupations algériennes
La question du Sahel occupe également une place importante dans son analyse.
Cette région représente un espace stratégique pour la sécurité nationale de l’Algérie, notamment en raison de sa proximité avec ses frontières méridionales. L’ancien diplomate accuse ainsi les Émirats de chercher à réduire l’influence traditionnelle d’Alger dans cette zone en développant leurs propres réseaux et partenariats avec différents acteurs régionaux.
Selon cette interprétation, ces évolutions pourraient indirectement renforcer la position du Maroc dans son environnement régional et modifier les équilibres stratégiques autour de l’Algérie.
Des interrogations sur certaines relations économiques
Enfin, Amar Belani revient sur le volet économique des relations bilatérales.
Il affirme que certains projets présentés comme des partenariats entre l’Algérie et les Émirats auraient, selon lui, servi des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt national. Il va jusqu’à évoquer des pratiques qu’il qualifie de détournement et de prédation économique.
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de dégradation progressive des relations entre Alger et Abou Dhabi. Elles donnent surtout un aperçu de la lecture d’un ancien haut responsable de la diplomatie algérienne sur les facteurs qui auraient conduit à la rupture.
Au-delà des divergences politiques et régionales, cette évolution marque ainsi une nouvelle étape dans les relations de l’Algérie avec les Émirats arabes unis, sur fond de recomposition des alliances et des rapports de force au Maghreb, au Moyen-Orient et au Sahel.
















