Une photo affligeante, qui a fait le tour des réseaux sociaux au mois de juillet, montre le cadavre d’un animal jeté au bord d’une route dans la wilaya de Sidi Bel Abbès, vraisemblablement heurté par un véhicule.

Le lynx caracal : Menace sur les derniers félins d’Algérie

Il y a donc des lynx en Algérie ?

C’était un lynx ! Un lynx ? «Il y a donc des lynx en Algérie ?» se sont interrogés des internautes. Assurément oui. Le lynx caracal (Felis caracal ou Caracal caracal) et le chat sauvage, qui font de très rares apparitions ça et là, sont les derniers félins qui subsistent en Algérie après la disparition de la panthère, du guépard, du lynx serval et du chat des sables.

Le lynx va-t-il inéluctablement connaître le même sort ? Le lynx caracal, encore appelé lynx du désert, bien qu’il ne soit pas cantonné dans les zones arides, reste bien connu des populations locales qui l’appellent différemment selon les régions : ouchek, aneg, ouchaj, besboula. Les plus âgés, plus près de la nature que les jeunes générations, le distinguent nettement du chacal ou du renard. Mais il a été victime de cette confusion et de la traque implacable faite à ses cousins canidés, piégés, empoisonnés ou abattus. Depuis quelques années, on le signale un peu plus souvent.

Le lynx caracal : Menace sur les derniers félins d’Algérie

Des individus ont été retrouvés morts à Saïda en 2005, à Texenna (Jijel) en 2006 et plus près de nous en 2014 à Tiaret et à Sidi Bel Abbès et une forte présomption de sa présence dans le massif de Collo (Skikda). On le suppose encore présent dans les forêts de la région montagneuse de Parc national d’El Kala (Tarf) et dans celles du massif forestier des Beni Salah (Guelma, Souk Ahras-Tarf). Le caracal, du mot turc karakulak, qui veut dire «oreilles noires», a une large répartition dans les savanes et les steppes d’Afrique et en Asie centrale qu’il affectionne.

En Algérie, c’est la sous-espèce Caracal caracal algira que l’on rencontre dans le nord du pays jusqu’à l’Atlas saharien, bien que sa présence ait été rapportée, en 1985, à Koen De Smet, alors enseignant à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie d’El Harrach (ENSA, ex-INA) dans le Tassili et le Hoggar. Mais on l’a probablement confondu avec le chat des sables toujours présent dans ce secteur. En dehors des légendes et des fresques antiques où il est représenté en bonne place dans le bestiaire aux côtés du lion et de l’ours de l’Atlas, ainsi que de la panthère, comme fauve, mais aussi domestiqué pour la compagnie des seigneurs, avec le lion de l’Atlas. Les premières observations et les premiers indices de sa présence remontent au début de la colonisation française et on signalera régulièrement sa présence dans toutes les régions du pays.

Le lynx caracal : une présence dans toutes les régions de l’Algérie

Le lynx caracal : Menace sur les derniers félins d’Algérie

A Birkhadem (Alger) en 1867, mais aussi à Biskra, Laghouat, Guelma, Djelfa, Aïn Defla. Beni Abbès, à El Arbaâ (Blida), Tipasa au Lac Halloula et à Koléa. En 1912, des ossements ont été trouvés à Staouéli et envoyés au Naturhistorisches Muséum de Berlin. 

En 1975, un individu est signalé par Koen De Smet à Bouchegouf et son questionnaire, distribué en 1985, révèlera sa présence à Aït Ouabane (Tizi ouzou), à Bainem près d’Alger à Bougara près de Boufarik, à Bou M’henni près de Boghni (Tizi Ouzou), à Cheffia (Tarf), près de Souk Ahras, au mont Chenoua près de Tipasa, à Chréa (Blida), El Abadia près de Chlef, à El Bayadh, à El Kala, à la Macta (Mostaganem), à Meftah (Blida), dans la forêt de M’sila près d’Oran. Depuis, le lynx s’est éclipsé. Il s’est fait plus discret, et ce, pendant plus de vingt ans au point où l’on a cru qu’il avait complètement disparu.

Le lynx est considéré par la Convention internationale pour les espèces sauvages menacées d’extinction (CITES) comme une espèce qui ne suscite pas de préoccupation particulière, mais c’est en regard de sa répartition en Afrique de l’Est et en Afrique du Sud (voir l’interview de Koen De Smet). En Algérie, il est sur la liste des espèces protégées, sans plus. Et tout autant que le serval et la panthère disparus depuis des lustres ou encore le phoque moine qu’on ne voit plus, lui aussi, depuis la fin des années 1970.

Mais alors qu’est- ce qui explique ces apparitions plus fréquentes et ce rapprochement de l’homme au point de se faire écraser par les voitures ?

Bien qu’il soit solitaire, on a aperçu des couples et observé des traces de jeunes. Ce qui pourrait être un très bon signe pour l’espèce, si ce n’est ce rapprochement de l’homme qui inquiète les spécialistes. Il ne craint pas particulièrement l’homme et ses bêtes, sauf les chiens, mais comme chaque individu a besoin d’un territoire de près de 200 km² pour chasser, se nourrir et se reproduire, on pense que l’inexorable grignotage des milieux naturels, de la construction d’infrastructures dans des secteurs autrefois déserts ont poussé le lynx hors de ses derniers retranchements où il a pu se maintenir jusqu’ici. Quoi qu’il en soit, s’accordent à dire les naturalistes, on ne peut que spéculer sans une meilleure connaissance de cette espèce qui risque de nous quitter définitivement si on ne tente pas son sauvetage.