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Jean-Michel Apathie face à Julien Odoul : un échange tendu sur le passé colonial français en Algérie

L'historien Jean-Michel Apathie a rappelé sur LCI les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata de mai 1945.

Un échange particulièrement vif a opposé, dimanche 28 juin 2026, l’historien français Jean-Michel Apathie au député Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement National, parti classé à l’extrême droite et régulièrement critiqué pour sa posture de défense vis-à-vis du passé colonial français en Algérie. La confrontation s’est déroulée sur le plateau de la chaîne LCI, où l’historien a appelé ses compatriotes à se réapproprier la réalité historique de la colonisation française en Algérie afin de mesurer pleinement l’ampleur des tragédies infligées au peuple algérien.

Un appel à affronter une mémoire occultée

Face à Julien Odoul, Jean-Michel Apathie a affirmé que la France avait commis de nombreux massacres durant les 132 années qu’a duré sa présence coloniale en Algérie. Selon lui, la majorité des Français ignorent les pages sanglantes de cette période. Pour étayer son propos, l’historien a choisi de s’appuyer sur deux épisodes précis, survenus dans la seconde moitié du XXe siècle, qu’il a présentés comme des exemples parmi tant d’autres restés largement méconnus du grand public.

Sétif, Guelma et Kherrata : le récit d’un mois de mai sanglant

L’historien est d’abord revenu sur les événements de mai 1945, période qui a suivi de peu la libération de la France et la chute du régime nazi. Il a rappelé que des colons et des militaires français avaient brûlé vifs des habitants à Guelma, tandis que des massacres similaires frappaient Sétif et Kherrata, dans l’est algérien. Selon ses déclarations, des milliers de corps de victimes algériennes auraient été incinérés dans des fours portés à haute température.

Interpellant directement Julien Odoul sur la portée symbolique de ces événements, Jean-Michel Apathie a évoqué les violences commises par le Front de libération nationale, qui auraient coûté la vie à une centaine d’Européens, avant que les représailles ne fassent au moins dix mille morts parmi les Algériens selon ses estimations. L’historien a toutefois souligné une asymétrie frappante dans la documentation de ces événements : si le nombre exact de victimes européennes est connu avec précision, soit 171 personnes, aucun bilan chiffré fiable n’existe à ce jour concernant les pertes algériennes.

Le massacre de Philippeville, autre page douloureuse rappelée

Le débat a également permis d’évoquer un autre épisode survenu près d’un an après le déclenchement de la guerre de libération algérienne. Le 23 août 1955, à Philippeville (l’actuelle Skikda), l’armée française, épaulée par des colons européens, aurait rassemblé entre trois et quatre mille Algériens durant trois jours au stade de la ville, avant de les abattre à la mitrailleuse dans des circonstances décrites comme particulièrement violentes.

Une question écrite déjà portée à l’Assemblée

Cette polémique télévisée intervient quelques jours après une initiative parlementaire allant dans un sens opposé. Le député du Rassemblement National Cyril Trivoyani avait en effet accusé, la semaine précédente, les autorités françaises de négliger le dossier mémoriel, laissant ainsi, selon lui, l’Algérie s’en emparer pour mettre Paris en difficulté. Cette sortie s’était matérialisée par une question écrite adressée à Aliénor Rivoal, ministre des Armées et des Anciens combattants au sein du gouvernement de Sébastien Lecornu, dans laquelle il l’appelait à reconnaître les événements survenus à Oran le 5 juillet 1962, date qui coïncide avec la proclamation de l’indépendance algérienne.

Un appel à la reconnaissance plutôt qu’au seul repentir

Pour Jean-Michel Apathie, le règlement du contentieux mémoriel entre Paris et Alger passe nécessairement par une reconnaissance pleine et entière, par la France, de l’ensemble des exactions commises durant les 132 années d’occupation. L’historien s’est interrogé sur la persistance d’un déni français, observant qu’en 2026, les regards se tournent davantage vers l’Iran, Donald Trump, la Russie ou l’Ukraine, au détriment d’une réflexion sur le passé colonial du pays en Algérie.

Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de dépasser cette approche réduite à la seule repentance, plaidant pour un examen complet de la vérité historique. Évoquant la notion d’« Algérie française », chère selon lui à la formation politique de Julien Odoul, l’historien l’a qualifiée de crime commis contre un peuple durant 130 années, marquées par la conquête, les tueries et les incendies, avant de conclure son intervention par une formule percutante sur le coût humain de la colonisation.

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