L’Algérie conserve le taux de fécondité le plus élevé d’Afrique du Nord
L’Algérie affiche le taux de fécondité le plus élevé d’Afrique du Nord, malgré une baisse continue des naissances
Les pays d’Afrique du Nord connaissent depuis plusieurs décennies une profonde mutation démographique. Longtemps caractérisée par des taux de natalité parmi les plus élevés du monde arabe, la région enregistre aujourd’hui une baisse significative de la fécondité, conséquence de transformations économiques, sociales et culturelles majeures.
Une récente étude réalisée par l’Institut national d’études démographiques (INED) en France met en lumière cette évolution. Si la tendance générale est au recul du nombre d’enfants par femme dans l’ensemble de la région, l’Algérie conserve néanmoins la première place en Afrique du Nord avec le taux de fécondité le plus élevé.
Cette situation place le pays dans une position particulière, entre maintien d’une dynamique démographique relativement soutenue et apparition progressive des défis liés au vieillissement de la population.
L’Algérie reste en tête malgré le recul des naissances
Selon les données de l’étude, les taux de fécondité ont fortement diminué depuis les années 1970. À cette époque, les femmes donnaient naissance en moyenne à sept ou huit enfants dans plusieurs pays d’Afrique du Nord.
À partir des années 1990, cette moyenne a commencé à chuter rapidement, marquant l’une des transitions démographiques les plus importantes de l’histoire récente de la région.
Malgré cette baisse généralisée, l’Algérie demeure le pays le plus fécond d’Afrique du Nord avec un taux estimé à 2,61 enfants par femme en 2024. Le Maroc suit avec 1,97 enfant par femme, tandis que la Tunisie affiche l’un des niveaux les plus faibles de la région avec 1,58 en 2023 et une prévision de 1,53 en 2024.
Les spécialistes soulignent également que l’Algérie a connu une période de rebond démographique entre 2000 et 2017, durant laquelle le taux de fécondité a dépassé les trois enfants par femme avant de reprendre sa trajectoire baissière.
Le mariage plus tardif change les habitudes familiales
L’évolution des comportements sociaux figure parmi les principaux facteurs expliquant cette baisse.
Dans plusieurs pays d’Afrique du Nord, les jeunes générations se marient plus tard qu’auparavant. Cette tendance est particulièrement visible en Tunisie, où l’âge moyen du mariage des femmes approche désormais les 29 ans.
L’allongement de la durée des études joue également un rôle important. Les jeunes consacrent davantage de temps à leur formation universitaire et professionnelle avant de fonder une famille.
Cette réalité concerne particulièrement les femmes, dont la présence croissante dans l’enseignement supérieur et sur le marché du travail modifie progressivement les choix liés à la maternité et à la taille des familles.
L’impact croissant de la planification familiale
L’étude met également en avant l’importance de l’accès aux méthodes de contraception dans la transformation démographique de la région.
Le Maroc affiche l’un des taux d’utilisation des moyens de contraception les plus élevés, avec plus de sept femmes mariées sur dix concernées. En Algérie et en Tunisie, cette proportion se situe entre 50 et 55 %.
Ces évolutions traduisent une meilleure maîtrise des projets familiaux et une volonté accrue d’adapter le nombre d’enfants aux réalités économiques et sociales contemporaines.
Les experts estiment que cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir, à l’image de ce qui est observé dans de nombreuses régions du monde.
Vers un vieillissement progressif de la population
La baisse durable de la fécondité entraîne une autre conséquence majeure : le vieillissement démographique.
La proportion des personnes âgées de plus de 60 ans augmente progressivement dans l’ensemble des pays d’Afrique du Nord. Ce phénomène est déjà particulièrement visible en Tunisie et au Maroc.
L’Algérie demeure relativement plus jeune. En 2023, les personnes âgées de plus de 60 ans représentaient environ 10,5 % de la population, contre près de 13,8 % au Maroc en 2024.
Toutefois, les projections démographiques indiquent que le vieillissement devrait s’accélérer dans les prochaines décennies, obligeant les États à adapter leurs systèmes de santé, de retraite et de protection sociale.
Une population algérienne toujours jeune et dynamique
Malgré ces évolutions, l’Algérie continue de bénéficier d’une structure démographique favorable.
La population du pays a atteint près de 47,6 millions d’habitants à la fin de l’année 2025. Près de la moitié des Algériens ont moins de 28 ans, ce qui constitue un atout important pour le développement économique et social.
Les projections démographiques prévoient par ailleurs que la population nationale pourrait franchir le seuil symbolique des 50 millions d’habitants dans les prochaines années.
Cette jeunesse représente un potentiel considérable, à condition que les politiques publiques continuent d’investir dans l’éducation, la formation et la création d’emplois.
L’Algérie parmi les pays arabes les plus dynamiques en matière de natalité
À l’échelle du monde arabe, l’Algérie conserve également une place importante.
Les prévisions démographiques des Nations unies indiquent qu’environ 855 000 naissances devraient être enregistrées dans le pays en 2025. Ce chiffre place l’Algérie au quatrième rang arabe, derrière l’Égypte, le Yémen et l’Irak.
Cette dynamique confirme le caractère relativement équilibré de la transition démographique algérienne, qui reste moins avancée que dans plusieurs pays voisins tout en suivant la tendance mondiale à la baisse de la fécondité.
Une tendance mondiale qui dépasse l’Afrique du Nord
Le recul de la natalité observé en Afrique du Nord s’inscrit dans un phénomène beaucoup plus large.
Aujourd’hui, plus des deux tiers des pays de la planète enregistrent des taux de fécondité inférieurs au seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1 enfants par femme.
Les spécialistes attribuent cette évolution à la hausse du coût de la vie, aux changements des modes de vie, à l’urbanisation croissante, à l’accès généralisé à l’éducation et aux transformations des aspirations individuelles.
Dans ce contexte mondial en pleine mutation, l’Algérie continue de se distinguer par une démographie encore relativement dynamique, tout en devant préparer les défis que poseront, à long terme, le vieillissement de sa population et l’évolution de sa structure familiale.















