Le triste état dans lequel se trouve le vieux ksar d’El-Menéa pose avec acuité la problématique de la sauvegarde, de la réhabilitation et de la protection des monuments historiques dans le sud du pays, selon des professionnels du patrimoine et des membres de la société civile.

Après des décennies de négligence et l’usure du temps, ce monument est tombé en décrépitude. Des actes de vandalisme ont également été opérés par certaines personnes qui extraient des pierres pour la construction de galets d’argile grise “ghassoul” ayant, selon les croyances locales, des vertus thérapeutiques et cosmétiques.

Puissant agent de régénération physique, ces galets d’argile grise sont également utilisés dans la géophagie pour certains malades, a souligné Hadj Cheikh, habitant d’El-Menéa. “On offre souvent pour les visiteurs et touristes des morceaux d’argile extraits des murs et fondation du ksar qui est devenu vulnérable, menaçant ruine et effondrement”, a-t-il précisé.

En janvier dernier, suite à la visite de la ministre de la Culture, une antenne de l’ONGBC (Office national de gestion des biens culturels) a été créée à El-Menéa, avec l’acquisition d’un siège mitoyen au vieux ksar, a indiqué à l’APS le responsable du dossier restauration et réhabilitation à la direction de la culture de Ghardaïa, Mohamed Alouani.

Pour faire face à l’état de décrépitude et de précarité très avancé que connaît cette cité forteresse, les services de la culture ont procédé à l’identification et au diagnostic des dysfonctionnements à l’origine de la dégradation de ce ksar “classé patrimoine national depuis 1995”, à la délimitation avec précision de l’espace réel du ksar, avec des propositions concrètes élaborées selon une stratégie participative avec la société civile, afin de sauvegarder le ksar et réhabiliter son patrimoine, a précisé M. Alouani.

Ces actions vont permettre, outre le gardiennage et le nettoiement du site, la restauration et la revitalisation de ce patrimoine architectural, culturel et historique, en vue de l’intégrer dans la dynamique de développement que connaît la région d’El-Menéa et de promouvoir ses potentialités matérielles et immatérielles et encourager l’investissement touristique créateur de richesse et d’emplois, a-t-il ajouté.

Le vieux ksar d’El-Menéa en quête de réhabilitation

Édifié en 928, selon les archives de la direction de la culture, à la croisée des pistes commerciales qui reliaient l’Afrique du Nord de l’époque médiévale à l’empire Songhai subsaharien, le ksar d’El-Menéa, “Taourirt” selon une appellation berbère, surplombe de plus de 70 m l’oasis d’El-Menéa, enserrée dans un méandre de la RN1, et offre depuis ses remparts des panoramas spectaculaires d’une rare beauté.

Perché sur les hauts sommets arides et escarpés, mais splendides, de la limite de démarcation entre le grand Erg oriental et le grand Erg occidental, le vieux ksar d’El-Menéa demeure une citadelle riche aussi bien par son histoire et ses traditions que par la splendeur des paysages naturels qui l’entourent.

Il constitue une configuration urbaine qui témoigne depuis plusieurs siècles de vestiges d’une civilisation citadine raffinée, avec ses habitations étroites marquées par une architecture simple, truffée de niches et d’étagères ainsi que de petites ouvertures pour l’éclairage et l’aération.

Sa configuration s’articule autour de la mosquée, point focal autour duquel gravite une spirale descendante d’habitations avec un puits collectif et des sites de stockage de denrées alimentaires creusés à même la roche calcaire et qui constituent une curiosité pour les touristes.

La création d’une antenne de l’ONGBC et la concrétisation de la réhabilitation du vieux ksar d’El-Menéa s’inscrivent dans une stratégie de valorisation de cet espace patrimonial authentique, afin d’amorcer une réelle dynamique locale basée sur la promotion des secteurs du tourisme, de l’artisanat et de la culture.