tatouage traditionnel algérien

Le tatouage traditionnel algérien, un trésor lourd de sens

Le tatouage traditionnel algérien est le rite berbère le plus anciens encore vivant dont les origines remontent bien au-delà du début de l’Islam.

Sa pratique a significativement reculé avec l’avènement de cette religion qui interdit les modifications corporelles irréversibles. Cependant le tatouage traditionnel subsiste encore dans certaines régions où les traditions dominantes se mélangent à l’islam.

Dans certaines zones rurales du Maghreb, on peut encore trouver des femmes, souvent âgées, avec des visages recouverts de ces symboles traditionnels berbères. Dans d’autres régions, on utilise le henné pour faire revivre ces pratiques ancestrales lourdes de sens.

Les origines du tatouage traditionnel algérien

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Photo: Femme des Ouled Naïl – 1905 – Lehnert Landrock

Le tatouage traditionnel est l’un des plus anciens rites berbères connus réservé pratiquement aux femmes qui pouvaient se faire tatouer dès leur jeune âge. Cette pratique qui signifie dessiner ou marquer la peau chez les Tahitiens est connue de l’Afrique du nord jusqu’au fin fond de l’Océanie. Elle consiste à marquer la peau par des symboles en déposant de l’encre à l’intérieur de la peau.

En Algérie, en langue berbère le tatouage s’appelle “El-ayacha” qui signifie celui qui fait vivre et en langue kabyle il s’appelle “achrad” qui signifie vacciner et les deux appellations ont un rapport avec son effet thérapeutique.

Plusieurs autres usages ont été attribués au tatouage traditionnel berbère. On trouve entre autres l’esthétisme, la protection ou l’appartenance clanique.

En guise d’exemple, dans la région Chaouie où des recherches ont été faites sur le tatouage traditionnel par l’anthropologue Yasmin Bendaas, les femmes se faisaient tatouer par des femmes nomades originaires du Sahara algérien ou de Tunisie qui parlaient arabe et qui échangeaient leur service contres des denrées alimentaires ou d’autres produits à la manière du troc. Avec la disparition de ce dernier et l’avènement de l’islam qui interdit ces pratiques, ces femmes avaient disparu.

Un tatouage féminin par excellence

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Photo: Femme algérienne – 1960 – Marc Garanger

En dépit du manque de documents et de sources pour connaître l’origine, la signification et la valeur du tatouage traditionnel algérien, certains anthropologues ont pu étudier le thème et lui attribuer des explications vraisemblables.

Certains estiment que ces symboles qui ornaient les visages des femmes berbères étaient un moyen pour s’enlaidir afin de se protéger des soldats coloniaux et les éloigner pour ne pas se faire agresser. D’autres jugeaient que le tatouage traditionnel était avant tout un ornement. Selon Alfred Arzouk, professeur anthropologue et membre de l’institut royal de la culture amazigh au Maroc, le tatouage doit être avant tout considéré comme une parure en raison du sens de l’esthétique qui caractérise les berbères.

L’anthropologue Susan Stewart soutient cette thèse se justifiant par l’authenticité des symboles qui variaient d’une femme à une autre, chose qui annule l’hypothèse d’appartenance à un clan ou autre car les motifs sont obligatoirement uniformes dans ces cas là. Ce qui signifie que les tatouages berbères sont purement ornementaux et esthétiques selon ces chercheurs.

Signification des motifs du tatouage berbère

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Photo: Symboles de la tribu des Ouadhias – M. (père blanc) Devulder

Le tatouage est un ensemble de symboles que les femmes se faisaient tracées sur le front, les joues, le menton ou encore sur la poitrine ou au-dessus des chevilles. Ces symboles ne sont pas dépourvus de sens. Les femmes de l’époque majoritairement analphabètes ont trouvé, à elles-mêmes, un moyen de communiquer, de s’exprimer et faire passer des messages. Des motifs semblables sont employés dans l’artisanat exercé par les femmes comme la tapisserie, la poterie, la bijouterie ou encore la peinture et les gravures.

Ces motifs consistaient donc un vrai système de communication, un vrai alphabet secret dont seules les femmes anciennes détiennent le secret. Un alphabet à partir duquel les femmes communiquait leur savoir-faire, leur savoir ésotérique ancestral, leurs valeurs mais surtout certaines sagesses et certaines philosophies qui se transmettaient de femme en femme.

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Photo: Tapis du M’zab – Ministère de l’aménagement du territoire, du tourisme et de l’artisanat

Lucienne Brousse a recueilli dans beauté et identité féminine les tatouages féminins berbères des régions de Biskra et Touggourt. Des centaines de dessins et témoignages ont été recueillis par son amie l’infirmière Eliane Ocre que Lucienne Brousse avait rassembler dans un manuel de lecture du tatouage berbère qui consiste actuellement un vrai relevé ethnographique avec des chapitres qui expliquent des signes très complexes très difficiles à décrypter.

Motifs et symboles dans le tatouage traditionnel berbère

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Photo: Pendant touareg du Hoggar – Blood on the Leaves

Des formes géométriques sont principalement employées dans la réalisation de ces symboles et motifs, ainsi on trouve des losanges, des croissants de lunes, des étoiles, des carrés et triangles qui traduisent toujours un message ou une valeur comme l’honnêteté, la franchise, la fertilité, la force, l’opulence ou encore la joie ou la tristesse.

En Tunisie à titre d’exemple à l’approche du mariage, le mari offre à sa future épouse des tatouages en guise de dote. Ailleurs, une femme veuve trace son menton pour symboliser la barbe de son mari disparu. Une jeune mariée transmettaient à travers ses symboles ses ressentis dans sa nouvelle vie à sa mère qui comprenait souvent ce massage sans être obligée de prononcer un mot.

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Photo: Lampe à huile, Kabylie, 1868 – Collection de V&A

Le tatouage traditionnel algérien, est une composante essentielle du patrimoine immatériel du pays qui devrait être étudié en profondeur pour que les générations futures le connaissent.