Des hauts d’une montagne rocheuse donnant sur la plaine verdoyante de Taht, à proximité d’un petit village érigé sur les vestiges de Kalâat Beni Salama à Frenda – ville magnifique qui a donné un autre géant de la pensée universelle et traducteur du Coran, Jacques Berque-, surgissent les grottes d’Ibn Khaldoun (1332-1406) qui ont vu naître sa célèbre “Moqadima” ou introduction à l’Histoire universelle. Perdu dans un dédale inextricable et sans points de repère, le visiteur ignore qu’il se trouve dans un site archéologique haut en histoire où le savant s’isolait pour se consacrer à l’écriture pendant quatre ans (1375-1379).

“Les grottes existent depuis la nuit des temps. Elles étaient habitées par des tribus berbères au deuxième siècle avant J.C. Les romains sont par la suite venus s’installer dans la région où ils ont construit la Kalâa de Beni Salama pour des raisons militaires avant que celle ci ne soit occupée par la tribu de Beni Arif El Hilalia au 11e siècle”, a expliqué M. Omar Mahmoudi, spécialiste dans l’histoire des grottes et ancien directeur de la bibliothèque Jacques Berque à Frenda.

A l’intérieur on est suffisamment à l’espace. De petites chambres isolées peuvent servir d’abri lors des grandes chaleurs qui caractérisent la région des Hauts Plateaux.

Selon les chercheurs, Ibn Khaldoun utilisait une seule grotte pour exploiter son génie d’écrivain en raison de sa situation stratégique, ce qui lui a conféré une dimension spirituelle et intellectuelle.

C’est dans cette grotte ou “Khaloua” comme aiment à l’appeler les historiens, que le savant aurait écrit la Moqadima de son fameux livre Kitab al Ibar sur l’histoire l’évolution des peuples et l’émergence des états.

En 1375, Ibn Khaldoun est envoyé à Taghazaout par contrainte, selon M. Mahmoudi. Ebloui par la beauté des paysages, le savant fait part au sultan de Tlemcen, Abou Hammou Moussa, qui l’avait investi de la mission de médiateur auprès des Douaouda (Biskra), un royaume que le sultan souhaitait annexer à ses terres, de sa volonté de quitter la politique pour se consacrer à la science et à l’écriture. Bien que sa demande ait été rejetée, Ibn Khaldoun persiste dans sa quête et décide de renoncer à sa mission.

A Taghazout où il a élu domicile, le savant a été accueilli chaleureusement par la tribu de Beni Arif qui a intercédé en sa faveur auprès du sultan de Tlemcen afin qu’il puisse s’installer dans cette région avec sa famille jusqu’en 1379.

Ibn Khaldoun
La grotte d’Ibn Khaldoun à Taoughazout comme vous ne l’avez jamais vu (PHOTOS) – Source : Le Soir d’Algérie

Même si les grottes d’Ibn Khaldoun sont classées depuis 1949, reclassées en 1968, un lieu fort en symbole et symbolique, qui font l’honneur de l’histoire algérienne et la mémoire de cette terre culturelle, elles demeurent dans l’oubli, dans le silence culturel et sans vie et sans présence.