C’est sans doute l’un des endroits les plus mystérieux, les plus secrets et les plus beaux d’Algérie. Il vous offre le spectacle ahurissant de tout un village niché dans le creux d’une falaise sur une même ligne.

Au premier regard posé sur ces habitations troglodytes nichées là où seuls les aigles peuvent avoir accès, un sentiment étrange vous envahit. L’impression d’avoir tout à coup remonté le temps, et une plongée dans un passé vieux de plusieurs siècles s’empare de vous pour ne plus vous lâcher.

Situé au fin fond des Aurès, dans l’un de ces nombreux et splendides canyons qu’abrite l’Ahmer Kheddou, Tajjmint (Djemina) est un site naturel et historique que peu de gens ont foulé du pied. Pourtant, il passe pour être la forteresse secrète de la reine berbère Dihya, passée à la postérité sous le nom de la Kahina. Le site aurait également été utilisé par un aguellid (roi) berbère du nom de Yabdas dans sa lutte contre les Byzantins en 539.

Une merveille de la nature qui abrite l’un des sites d’habitation les plus vieux du monde avec des maisons troglodytes nichées dans une falaise et une forteresse inaccessible au sommet d’un promontoire rocheux dont la simple vue vous laisse bouche bée.

Imaginez une forteresse bâtie sur un nid d’aigle, coiffant une falaise haute comme un bâtiment de quinze étages. La légende dit qu’elle a plusieurs entrées secrètes mais on ne lui connaît pour accès qu’un seul passage. Sauf à être un audacieux monte-en-l’air, personne ne peut se risquer dans une escalade aussi difficile.

Il faut s’engager sur un sentier abrupt où l’on peut à peine poser le bout de ses orteils avant de s’engouffrer dans un étroit boyau où l’on monte à la force des pieds et des mains. Jadis, des piquets de bois fichés dans la roche facilitaient l’escalade, aujourd’hui, la plupart de ces piquets sont tombés en ruine.

La falaise, haute d’une soixantaine de mètres. Sur le toit de cette falaise, c’est tout un village de maisons de pierres sèches et de greniers qui a été construit. Des bassins creusés dans la roche servent à recueillir l’eau de pluie. Ainsi réfugiés sur cette arête de grès, les habitants pouvaient vivre en complète autarcie ou soutenir des mois de siège face aux envahisseurs.

L’eau se jete du haut d’une cascade de 30 mètres dans un petit lac aux eaux d’émeraude alors que la falaise poursuit sa course. D’autres habitations troglodytes sont visibles tout le long de cette falaise. On peut aisément accéder au pied de la falaise qui abrite les habitations troglodytes, mais il n’est pas donné à tout le monde d’en faire l’escalade.

L’endroit était encore habité jusqu’aux années 1950. Aujourd’hui encore, il n’est guère facile d’imaginer comment ces hommes ont fait pour construire leurs maisons avec des pierres aussi lourdes, des troncs d’arbre et de la terre.

Une performance sans doute unique dans l’histoire. Pour avoir érigé des villages dans un milieu aussi hostile et des conditions aussi extrêmes, pour avoir utilisé un espace aussi réduit à leur avantage, les montagnards des Aurès ont fait montre d’un génie bâtisseur rarement vu dans l’histoire, un cas d’école pour tous les architectes du monde.